ACTE V, SCENE IV
DON PHILIPPE
Oui, son trépas est juste; oui, gardes, de ce pas
DOJV PÈDIIE.
Je demande sa tête et non pas son trépas ; Je demande , seigneur , sa tête triomphante Sous un heureux hymen des baisers de l'infante , En qui votre couronne ait un illustre appui, Et votre grâce enfin pour don Sanche et pour lui.
DOm LOPE.
O générosité qui n'eut jamais d'exemple !
DON FERNAND
O du cœur d'un grand prince épreuve la plus ample !
Relâche , ma vertu , d'un pouvoir rigoureux
A la faveur d'un fils et d'un fils généreux.
Le rang des criminels t'est une douce amorce ;
Trop sévère équité , suspends ici ta force ,
Et laisse ta balance incliner une fois
Plus devers la douceur que la rigueur des lois.
Oui , prince je fais grâce à deux cœurs invincibles ,
Que je ne puis m'oter sans des douleurs sensibles ,
Et confirme l'arrêt du lien éternel
Qui met dans ma famille un si cher criminel.
Vous aidez ma clémence , et malgré ma menace ,
Je suis ravi , mon fils , de vous devoir leur grâce ,
Et vers ce cher pardon n'osant se relâcher.
Mon cœur avec plaisir se le voit arracher :
Puisqu'un si doux succès finit ces aventures ,
Qu'on veille sur don Sanche et soigne à ses blessures ;
De sa valeur , Fernand , conservez - moi l'appui ,
Et mes soins veilleront et pour vous et pour lui.
DON FERNA.ND.
Si d'un péril si grand son bonheur le délivre, C'est pour mourir pour vous qu'il tâchera de vivre , Et pour payer d'un bras qu'un seul Lope a dompté La grâce que j'obtiens de votre majesté.
Dojy PÈDRE, a Élise.
Eh bien, inexorable , êtes -vous satisfaite De l'importunité dont je vous ai défaite ? Et le barbare effort que j'ai fait sur mon cœur A-t-il quelque rapport avec votre rigueur? Oui , par -là seulement ce cœur vous pouvoit plaire, Vous voyez avec joie une perte si chère ; Mais exerçant sur moi cet effort rigoureux , J'ai renoncé , barbare , à bien plus qu'à vos vœux. D'un succès malheureux mon transport me délivre ; Mais je n'ai pas promis de me taire et de vivre , Mais je n'ai pas promis de survivre un amour Sans qui je hais l'éclat et du trône et du jour : Pour vous prouver , ingrate , une si belle flamme , Je voudrois perdre plus que du sang et qu'une âme : Quelque ferme dessein que j'aie pu former. Rien ne peut m'obliger à vivre sans l'aimer.
ÉLISE
Cesse , vieux souvenir qu'une injure me laisse ; Ombre de don Louis , pardonne à ma foiblesse ; Laisse passer un cœur trop constant et trop fier Du tombeau qui t'enferme au sein de ton meurtrier : J'ai tenu trop long - temps contre un amour si rare ; Contre tant de bonté la constance est barbare. Vivez , prince , vivez sous un destin plus doux : Ne mourez point pour moi qui veux vivre pour vous.