‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 411 sur 465 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

FLAUGAT, AURONTE.

AURONTE.

M. OBÉREZ les transports de ce feu turbulent : Qui veut se bien venger doit être un peu plus lent. Quand le bras veut agir avec quelque assurance, Il tient long -temps son coup et sa main en balance. La Golère et l'Amour ont un bandeau tous deux Qui nous ôte les mains en nous couvrant les yeux. Leurs premières vapeurs excitent des tempêtes Dont souvent le carreau retombe sur nos têtes; Et ces traits qu'en un autre on croit être portés Ne blessent que le bras qui les a mal jetés.

F L A.U c AT , préoccupé.

Pour une amante esclave est - ce assez qu'on soupire ? Sont - ce de vains soupirs que mon devoir désire ? Pendant qu'elle gémit en ces sombres enfers ,

Est-ce assez? mes soupirs briseront- ils ses fers? Mes pleurs effacent -ils cette honteuse injure Dont la secrète voix m'accuse de parjure? Non , non , foibles enfans d'une molle vertu , Inutils avortons d'un courage abattu, Sanglots , soupirs , rentrez au sein de votre père ; Je sens que votre cours affoiblit ma colère : J'ai besoin pour m'aigrir de toutes mes douleurs, Et j'en vois la moitié dissipée en mes pleurs. Et toi , cœur aveuglé , sors , sors de ce nuage , Reprends ta liberté pour voir ton esclavage ; Va peser désormais le poids de tes raisons Et ta belle prudence au fond de ces prisons Où le cruel tyran , par une rage extrême , Fait gémir dans les fers la moitié de toi-même. Hélas ! on y traînoit ta plus belle moitié , Et l'autre étoit alors sans douleur , sans pitié. Quoi ! je l'ai pu souffrir ! quoi ! Judith outragée , Outragée à mes yeux sans en être vengée! Quel charme , malheureux , a retenu ta main , Pour épargner le prince et son père inhumain ?

AURONTE.

Cette ardeur dont ton âme étoit lors enflammée Auroit eu peu d'éclat et beaucoup de fumée: Cet orage en ces lieux n'eût jamais éclaté Que pour perdre celui qui l'auroit excité. Ton bras dans ce palais eût -il formé de foudre Qui ne nous eût réduits et nos desseins en poudre ?

FLAUCAT.

Tes discours désormais me semblent superflus;

A suivre mon devoir je ne t'écoute plus ;

Allons, où dois -je aller? et qui des deux l'emporte?

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