‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 416 sur 465 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Et je hais qui s'oppose au bien de ma famille. Le choix dans les amis vient souvent du hasard , Mais la nature en nous a la première part. Le parti qu'elle y forme a bien plus de puissance ; Elle règne en nos cœurs par titre de naissance ; Rien ne peut ébranler son pouvoir triomphant; Un père n'entend plus que la voix d'un enfant.

AURONTE.

Entendez -vous la voix d'une fille enchaînée Qui gémit dans les fers où vous l'avez traînée ? Un père , devenu bourreau de son enfant , Respecte de l'amour le pouvoir triomphant ?

LÉVIGILDE.

Ah ! tu m'as su toucher par oîi je suis sensible. Cœur rebelle , orgueilleux , fille trop insensible ! Oui, je l'entends se rire en ces sombres enfers, Me laissant supporter la moitié de ses fers. Elle forme en ces lieux ses plaisirs de mes peines; C'est moi seul qui gémis sous le poids de ses chaînes ; Je sens tomber sur moi les coups de sa rigueur , Et ne puis la toucher qu'au travers de mon cœur.

AURONTE.

C'est être transporté d'une fureur extrême ,

Quand on peut s'épargner , de se blesser soi-même.

LÉVIGILDE.

C'est être malheureux d'avoir le fer en main , Sans pouvoir empêcher qu'il me perce le sein.

AUROWTE.

Sans pouvoir?

LÉVIGILDE.

Et comment veux -tu que je l'évite?

Un autre le prendra s^'il faut que je le quitte.

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