Tome V. àS
Je le verrai passer dans la main d'un bourreau Pour emporter le père et la fille au tombeau : Un prince, au désespoir de tout ce qu'il espère, Pour venger son amour en armer sa colère. Des deux extrémités que devois-je choisir? De peur qu'il ne le prît , il fallut m'en saisir. Le coup qu'on ne peut fuir d'une main étrangère Est bien plus douloureux que de la main d'un père. Mais il faut qu'elle cède , et j'entends qu'aujourd'hui Elle épouse le prince et le trône avec lui. Flaucat règne en son cœur avecque trop d'empire ; J'en fis naître l'amour , mais je puis le détruire. Je l'avoue, il est vrai, je fis naître leurs feux. Et ma fille en l'aimant ne suivit que mes vœux.
AURONTE.
Ajoutez à cela que déjà vos caresses
Les avoient confirmés par la foi des promesses.
LÉVIGILDE.
Et j'étois près d'unir par des nœux immortels
Et leurs cœurs et leurs mains aux pieds de nos autels ;
Je m'estimois heureux de donner à ma fille
Le noble rejeton d'une haute famille:
Mais le sort , qui pour nous se montre tant ami ,
Ne veut pas que Judith soit heureuse à demi ,
Et , quelque vain espoir que son Flaucat lui donne ,
Ses fers ne sauroient plus se changer qu'en couronne :
Elle n'en peut sortir , malgré tout son orgueil ,
Que pour monter au trône ou descendre au cercueil.
C'est ce qui joint en moi , dans ma juste colère ,
Une main de tyran avec un cœur de père.
Qu'aurois-tu fait, Auronte , en ce pressant danger