‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 418 sur 465 · ACTE I, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III

Où la crainte et l'amour ont bien dû m'engager?

Et juge si je dois épargner la ruine

De tout ce qui s'oppose au bien qu'on me destine.

AURONTE.

Comte, je vous entends; ce Flaucat massacré Du trône prétendu fait le premier degré. Ses amours découverts doivent rendre nos vies De votre heureux destin les premières hosties.

LÉVIGILDE.

Le ciel m'en est témoin ; quelque heur qu'il m'ait promis ,

Je ne le cherche point au sang de mes amis :

Mais je dois plus chérir ma tête que la sienne

Dans la nécessité de sa perte ou la mienne.

Qu'il cesse désormais de se faire un rival

D'un prince dont le bras lui peut être fatal.

AURONTE.

Eh bien , pour vous ôter ce prétexte frivole , On vous rend votre fille avec votre parole.

LÉVIGILDE.

O généreux rival ! ô sincères ardeurs ,

Que je préférerois à toutes les grandeurs,

Si le sort, obstiné dans ce qu'il nous ordonne.

Eût laissé dans mon choix ton cœur et sa couronne !

Auronte, c'est assez : si je suis écouté,

Flaucat recevra plus qu'il ne m'aura quitté.

(Il sort.) AUROIYTE, seul.

Crédule ambitieux , dont l'espoir trop frivole S'attache aveuglément à la première idole, Va , triomphe et jouis avec avidité D'un fantôme trompeur que je t'ai présenté ;

Que ton ambition toute persuadée

S'en forme avec plaisir des trônes en idée ,

Et , parmi les erreurs d'un tableau si charmant ,

Donne à ce grand bonheur quelque vain fondement.

Mais pendant qu'en secret le trône est ta conquête,

Donnons- nous le loisir d'en abattre la tête.

FIN DU PREMIER ACTE

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