ACTE II, SCÈNE I
LÉVIGILDE.
Quoi ! ce sang signalé par tant d'exploits guerriers , Que l'on n'a vu couler que dessus des lauriers , Sur un triste poteau
JUDITH
Dans le lit d'un infâme !
Désirs ambitieux , abandonnez cette âme ; Elevez un moment ce voile malheureux Dont vous avez couvert un trône si honteux. Que si vous avez fait ces amours innocentes Dont vous flattiez l'espoir de nos chastes attentes , Que votre main puissante à ce funeste état Oppose en même temps les vertus de Flaucat.
LÉVIGILDE.
Aveugle , c'est en vain que ton âme l'adore. Je te l'ai déjà dit et te le dis encore : L'inceste est une erreur dont tu veux t'abuser , Et ta foi désormais ne peut plus t'excuser. Flaucat n'est plus pour toi qu'une vaine chimère , Il n'est plus
JUDITH
Il n'est plus... Qu'en a-t-on fait , mon père? N'auriez- vous donc uni par de si chastes nœuds Son cœur avec le mien que pour percer les deux ? Achevez ; si sa mort vous donne tant d'envie , Il reste encore en moi la moitié de sa vie.
LÉVIGILDE.
Non , non , il vit encor ; mais il est mort pour toi , Puisqu'il cesse d'aimer et renonce à sa foi.
JUDITH
Ah! ne le souillez pas d'une tache si noire.
6oo L'ILLUSTRE AMAZONE,
LÉVIGILDE.
Un si prompt changement est difficile à croire , Et de quelques douceurs qu'il flattât mes désirs , J'ai long- temps refusé d'en goûter les plaisirs. Je blâmois en secret un cœur si magnanime , Et plus je le croyois, moins j'en avois d'estime. Mais enfin ce grand cœur a bien pu te trahir , Et , crainte de te perdre , il voudroit te haïr , Et vaincu tout ensemble et vainqueur de soi-même , Il veut perdre l'amour pour sauver ce qu'il aime. Et , voyant qu'à tous deux il peut être fatal , Il en fait par mes mains un don à son rival. Soupires- en , ma fille , il est juste.
JUDITH
Ah , l'infâme !