‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 423 sur 465 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

JUDITH, FLAUCAT.

JUDITH

Que vois -je, malheureuse! Ah! perfide, où viens -tu? Est - ce pour secourir ou troubler ma vertu ? Va, je suis à couvert de tes vaines alarmes.

FLAUCAT.

Enfin je puis laver ces genoux de mes larmes.

JUDITH

Mais lave -les plutôt de ce sang épandu Que ton âme infidèle a lâchement vendu. Cesse de soupirer : ma perte ou ma misère A qui me veut haïr doit être bien légère, Et qui me peut souffrir dans le lit d'un tyran Peut voir mon échafaud d'un œil indifférent. En croirai -je tes pleurs, quand ton esprit frivole Se découvre et dément les yeux par la parole ? Tu cède à ton rival, et n'y consens, dis -tu, Que par un sentiment d'amour ou de vertu.

FLAUCAT.

Ecoutez en un mot, souffrez que je vous die...

JUDITH

Je sais , je sais déjà quelle est ta perfidie ; Que ton bras me punit, que ton cœur déloyal Me livre et prostitue aux mains de ton rival ; Qu'effrayé du carreau qui gronde sur ma tête Tu me laisse exposée aux coups de la tempête , Et que pour éviter l'éclat de mon débri , Quand tu me vois tomber, tu te mets à l'abri.

6o4 L'ILLUSTRE AMAZONE,

FLAUCA.T.

Eh ! de grâce , un moment : si je vous ai trompée , Ne me reparlez plus qu'avecque cette épée.

JUDITH

Tu me parles encor ! Que peux - tu répliquer ? Après ce que j'ai dit peux -tu mieux l'expliquer? Va, va; quitte le soin de me vouloir instruire D'un prétexte grossier dont tu me veux séduire. A venger désormais mon honneur combattu Je ne veux plus que Dieu, le ciel et ma vertu.

( Elle sort. )

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