SCÈNE II
JUDITH, FLAUCAT.
JUDITH
Que vois -je, malheureuse! Ah! perfide, où viens -tu? Est - ce pour secourir ou troubler ma vertu ? Va, je suis à couvert de tes vaines alarmes.
FLAUCAT.
Enfin je puis laver ces genoux de mes larmes.
JUDITH
Mais lave -les plutôt de ce sang épandu Que ton âme infidèle a lâchement vendu. Cesse de soupirer : ma perte ou ma misère A qui me veut haïr doit être bien légère, Et qui me peut souffrir dans le lit d'un tyran Peut voir mon échafaud d'un œil indifférent. En croirai -je tes pleurs, quand ton esprit frivole Se découvre et dément les yeux par la parole ? Tu cède à ton rival, et n'y consens, dis -tu, Que par un sentiment d'amour ou de vertu.
FLAUCAT.
Ecoutez en un mot, souffrez que je vous die...
JUDITH
Je sais , je sais déjà quelle est ta perfidie ; Que ton bras me punit, que ton cœur déloyal Me livre et prostitue aux mains de ton rival ; Qu'effrayé du carreau qui gronde sur ma tête Tu me laisse exposée aux coups de la tempête , Et que pour éviter l'éclat de mon débri , Quand tu me vois tomber, tu te mets à l'abri.
6o4 L'ILLUSTRE AMAZONE,
FLAUCA.T.
Eh ! de grâce , un moment : si je vous ai trompée , Ne me reparlez plus qu'avecque cette épée.
JUDITH
Tu me parles encor ! Que peux - tu répliquer ? Après ce que j'ai dit peux -tu mieux l'expliquer? Va, va; quitte le soin de me vouloir instruire D'un prétexte grossier dont tu me veux séduire. A venger désormais mon honneur combattu Je ne veux plus que Dieu, le ciel et ma vertu.
( Elle sort. )