ACTE III, SCENE V. 6a
Qui ne vous obéit se fait une injustice ;
Qui veut qu'on lui commande , il faut qu'il obéisse.
LÉVIGILDE.
Le peuple est inconstant ; et qui veut se ranger , En cent mille partis il se doit partager ; Vouloir , ne vouloir pas , flotter sur ces tempêtes Que l'on voit se former par cent diverses têtes , ^ Qui sur leurs intérêts règlent leurs senlimens , C'est le premier mobile en tous leurs senlimens : D'oLi l'on voit sur l'état naître tant de chimères , Enfans d'un même sein , quoique toutes contraires.
Ne vous étonnez pas , seigneur , si vos désirs
Rencontrent des sujets jaloux de vos plaisirs.
La duchesse en son sort a des amis encore ;
Mais l'intérêt en elle est le seul qu'on adore ,
Et cette idole enfin de son ambition
N'ayant plus rien de quoi flatter leur passion,
Verra ces apostats , par un soudain caprice ,
Rendre à d'autres autels leurs vœux et leurs services ;
On verra chanceler ces esprits incertains ,
Pendant qu'ils ne verront le sceptre en d'autres mains
Et le trône rempli d'une autre souveraine.
Présentez -leur , seigneur, montrez -leur une reine,
Et vous verrez bientôt ces esprits obstinés
Porter à ses genoux leurs esprits enchaînés ,
Et , suivant les appas d'une grandeur frivole ,
De votre propre ouvrage en faire leur idole,
AMALOIV.
Ne différons donc plus. Peuple qui m'écoutez , Unissez vos esprits , réglez vos volontés ,
Joignez vos cœurs au mien , et souffrez qu'une reine Dont je suis le vassal soit votre souveraine.
(11 jircsente le sceptre à Judith.)
Madame , recevez , recevez de ma main
Ces titres éclatans d'un pouvoir souverain
Que vous exercerez sur eux et sur moi ~ même ;
Car je ne prétends point porter de diadème
Que pour faire aujourd'hui , par ce nœud fortuné ,
Votre premier sujet un sujet couronné.
Achevons.
(Il prend la coupe. ) LE PAGE.
Ah ! seigneur , arrêtez.
AMALON.
Léonice , Quelle est ton insolence ?
LE PAGE
Il faut que je périsse Quand il s'agit de vous.
AMALON.
De moi ? quel attentat !
LE PAGE
Oui, seigneur, on en veut à vous, à votre état. Et peut-être en vos mains cette coupe fatale... Mais...
AMALOK".
Parle.
LE PAGE
Un cavalier , en la première salle , Vous veut communiquer un important secret.
AVROis TE , au page.
Téméraire, ton zèle un peu trop indiscret