‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 439 sur 465 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

( On voit un table sur laquelle il y a une coupe , un sceptre et une couronne.)

AMALON, JUDITH, LÉVIGILDE, FLAUCAT, AURONTE, ADÉLAIRE, ÉBROIN, un Page.

AMALON.

Enfin ce jour heureux, ce jour de mes désirs, Couronne mes travaux d'un comble de plaisirs ; Mes regrets, mes soupirs et mes peines passées D'un seul de vos regards se sont récompensées.

J'aime ces coups mortels qui m'ont perce le cœur , Voyant qu'ils ont été le prix de mon bonheur. Ces généreux mépris soufferts en ma poursuite Du cœur que je possède élèvent le mérite; Et j'estimerois moins son illustre vertu , Si dès le premier coup je l'avois abattu. Je sais que ces mépris, dont je fais tant d'estime , Aux yeux de mes sujets font une autre maxime , Qu'une main que l'amour a chargé de liens , Ne sauroit bien régir le sceptre que je tiens , Et qu'ils ont de la peine à souffrir qu'une femme Ait le cœur de celui qui doit être leur âme. Sujets, si vous devez m'imposer cette loi. Reprenez votre sceptre et me laissez à moi. Quoi ! pour avoir reçu l'état de leur estime , Mes désirs innocens passent -ils pour un crime ? Ne puis-je rien vouloir sans faire des jaloux? Faut -il pour commander être esclave de tous? Et que mon cœur enfin écoute leur caprice , S'il ne veut en naissant commettre une injustice ? Dois -je suivre partout la règle de leurs vœux ? Et ne doivent -ils pas vouloir ce que je veux?

AURONTE.

Seigneur , il n'en est point qu'un choix si légitime N'oblige d'augmenter la glorieuse estime Que vos rares vertus font naître en leurs esprits , Quand de ce même choix ils connoîtront le prix.

Page 1