‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 450 sur 465 · ACTE IV, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IL

AMALON.

A mon propre ennemi dusse -je me trahir, Et creuser sous mes pas un affreux cimetière , Je mets entre vos mains sa grâce toute entière : 11 vit si vous voulez; mais...

JUDITH

Pour un si grand bien , Je puis tout vous promettre et ne vous tenir rien.

AMALON.

Ce seroit abaisser sa valeur à l'extrême , De lui vouloir donner d'autre prix que soi-même. Adieu, résolvez - vous de me donner la main , Ou de voir et ce fer et la mienne en son sein.

(Ils sortent tous, excepté Judith.)

JUDITH seule.

C'est vouloir me l'ôter alors qu'on me le donne , L'assassiner en moi lorsque tu lui pardonne. Tyran , reprends tes dons : il mourroit plus en moi Et plus sensiblement qu'il ne feroit en soi. Tu crois nous séparer , mais en vain tu l'espère. Je l'avoue , il est vrai , ton arrêt l'eût pu faire , Si , m'obligeant de vivre afin de me punir , Il pouvoit aussi bien m'empêcher de mourir.

(Elle tire un poignard.)

Ma mort est en mes mains, et sans que je l'attende

Ce fer me peut donner ce que je te demande ,

Et ma vertu me rend maîtresse de mes jours ,

S'il faut pour mon honneur en retrancher le cours.

Dieu , qui des chastes corps avez formé vos temples ,

Présentez à mes yeux ces généreux exemples

^64o L'ILLUSTRE AMAZONE,

Et ces mâles esprits qu'une chrétienne ardeur Obligea d'immoler leur vie à leur pudeur; Et , si l'on me contraint de l'immoler au crime Permettez que j'en sois le prêtre et la victime.

FIN DU QUATRIÈME \CTE

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