SCENE PREMIERE
LÉVIGILDE, seul.
JJ:ÉsiRS ambitieux, trompeuses vanités, Espérance frivole , apparentes clartés , Cessez, cessez enfin de me vouloir surprendre; Vos appas mensongers n'ont plus rien à prétendre Je vous ai donné tout , il ne me reste plus Que les vives douleurs des regrets superflus. Brutales passions, rendez par votre fuite Le calme et la douceur à mon âme séduite , Et qu'il me soit permis de punir mon forfait Par la vue et l'horreur du crime que j'ai fait. Sentimens paternels , nature que j'outrage , Tendresse , c'est à vous de m'en offrir l'image ; Dissipez les brouillards et brisez le rideau Qui m'empêche de voir ce funeste tableau ; Aigrissez les remords de vos justes atteintes , Pour déchirer un cœur qui vous auroit éteintes , Qui , pour n'écouter plus votre secrète voix , D'un infâme intérêt s'étoit formé des lois. Chère fille! ah! ce nom me reproche mon crime. Tome V. 4"
Quoi ! ton père a souffert que tu sois la victime ,
L'objet des passions d'un tyran inhumain !
Bien plus, pour t'immoler je lui tenois la main.
Je t'ai vu sans horreur gémir dessous la chaîne :
Ta générosité me donnoit de la peine ;
Fille trop généreuse , esprit par trop constant ,
Je ne t'ai pas donné ce courage innocent.
Je ne puis rien prétendre aux droits de ta naissance :
L'abus que j'en ai fait m'en ote la puissance ;
Tu ne me dois plus rien , j'ai tout abandonné.
Et je t'ai plus ôté que je ne t'ai donné.
N'entends plus désormais ni nature ni père.
Et puisque ta vertu t'a servi d'une mère,
Va , qu'elle soit ton père et ton conseil aussi.