‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 451 sur 465 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

LÉVIGILDE, seul.

JJ:ÉsiRS ambitieux, trompeuses vanités, Espérance frivole , apparentes clartés , Cessez, cessez enfin de me vouloir surprendre; Vos appas mensongers n'ont plus rien à prétendre Je vous ai donné tout , il ne me reste plus Que les vives douleurs des regrets superflus. Brutales passions, rendez par votre fuite Le calme et la douceur à mon âme séduite , Et qu'il me soit permis de punir mon forfait Par la vue et l'horreur du crime que j'ai fait. Sentimens paternels , nature que j'outrage , Tendresse , c'est à vous de m'en offrir l'image ; Dissipez les brouillards et brisez le rideau Qui m'empêche de voir ce funeste tableau ; Aigrissez les remords de vos justes atteintes , Pour déchirer un cœur qui vous auroit éteintes , Qui , pour n'écouter plus votre secrète voix , D'un infâme intérêt s'étoit formé des lois. Chère fille! ah! ce nom me reproche mon crime. Tome V. 4"

Quoi ! ton père a souffert que tu sois la victime ,

L'objet des passions d'un tyran inhumain !

Bien plus, pour t'immoler je lui tenois la main.

Je t'ai vu sans horreur gémir dessous la chaîne :

Ta générosité me donnoit de la peine ;

Fille trop généreuse , esprit par trop constant ,

Je ne t'ai pas donné ce courage innocent.

Je ne puis rien prétendre aux droits de ta naissance :

L'abus que j'en ai fait m'en ote la puissance ;

Tu ne me dois plus rien , j'ai tout abandonné.

Et je t'ai plus ôté que je ne t'ai donné.

N'entends plus désormais ni nature ni père.

Et puisque ta vertu t'a servi d'une mère,

Va , qu'elle soit ton père et ton conseil aussi.

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