ACTE V, SCÈNE V
Douleurs dont moo âme est remplie !
C'est le coup que je sens et que l'on ne voit pas.
Quelques affreux tableaux que la parque présente ,
Je puis l'envisager d'un œil indifférent.
Je lui vois moissonner sans aucune épouvante
La fleur de ma jeunesse au fort de son printemps.
Je sais que ce bandeau qui nous rend tant illustres , N'est plus que le jouet du sort , Que ma pourpre est un drap de mort ,
Que mon trône , entouré de l'éclat des balustres , N'a point de brillant ni de lustres ,
Que pour orner la pompe et le char de la mort.
Enfans de nos tombeaux , vivante pouriture , Vers qui naissez d'un père en qui tout se détruit , Que ma mort fera vivre et prendre nourriture Du débris de ce corps qui vous aura produit ; Hélas ! quoique mes sens à mes tristes pensées En aient représenté l'horreur , Que ces vers qui rongent mon cœur , Et qui naissent du sein des voluptés passées ,
Les ont plus vivement blessées !
Que vous êtes amers , enfans de la douceur !
Sacrés épanchemens , larmes ensanglantées
De mon âme qui coule et se fond toute en eau ,
Si , pénétrant le sein des nues irritées ,
Vous avez le pouvoir d'éteindre leur carreau ;
Grand Dieu , si de tes mains les peines embrasées ,
Pour le supplice des mortels ,
Tombent au pied de nos autels Quand tu vois de nos cœurs ces aimables rosées ,
Noie en celles que j'ai versées Le trop juste courroux de tes yeux immortels.
Mon frère , si les rois sont l'image vivante
De ce Dieu dont nos pleurs éteignent le courroux ,
Permettez que ma voix ne soit pas moins puissante ,
Pour obtenir ici ce que je veux de vous.
Considérez ma mort comme un juste supplice , Et respectez dans son auteur La puissance d'un Dieu vengeur ,
Qui de tous leurs desseins s'étoit rendu complice; Et que la victime périsse ,
Sans offenser la main du sacrificateur.
Ils sont tous innocens, moi seul je suis coupable ; Laissez un criminel.