‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 464 sur 465 · AMA.LON · texte numérisé non relu

AMA.LON

Ah ! s'il reste , madame , Quelque force à ma voix, quelque amour en votre âme, Souffrez que cette voix vous conjure pour tous , D'épargner en leur mort la douleur d'un époux , Et sachez que ce sang que vous voulez répandre , Tome V. 4 2

658 L'ILLUSTRE , etc. , ACTE V, SCÈNE VL

Au lieu de m'apaiser , viendra troubler ma cendre. Adieu ; si vous m'aimez , aimez mes ennemis.

FLAUCAT.

Ah , prince ! Il meurt.

Hélas!

( Elle s'évanouit.)

ADÉLAiRE, la soutenant.

Elle se pâme !

SIGISMOND

Amis , Enlevez la princesse en la chambre prochaine , Et calmez les transports d'une douleur soudaine.

(A part.)

Cependant admirons un exemple fameux

D'un prince en même temps heureux et malheureux.

Quoi ! le duc lui pardonne et reconnoît ses crimes !

Saintes obscurités, j'adore vos abîmes,

J'adore les secrets de cette belle nuit

Dont vous avez couvert le sort qui nous conduit ,

Et caché dans le sein d'tme mer si profonde

Ces conseils , ces arrêts qui gouvernent le monde.

Quoi ! le fer qui le tue et le met au tombeau ,

Ce fer pour Amalon devoit être un flambeau !

Ce moment où la mort lui ferme la paupière

Éclaire son esprit et lui rend la lumière.

Sa perte et son salut n'ont qu'un même moment ,

Et la main qui le perd le sauve en même temps.

Saintes obscurités qui gouvernez le monde ,

J'adore les secrets d'une mer si profonde.

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