ACTE V, SCÈNE VI
Le frère avec l'époux , la femme avec la sœur , Entre les deux partis une vaine espérance Suspendoit les désirs d'une juste vengeance ; J'écoutois un peu moins la voix de la douleur , Voyant en mon époux des yeux pleins de rigueur : Mais enfin , ce qu'en lui le temps auroit dû faire , La mort vient d'effacer ce visage sévère , Et le ciel irrité ne me donne secours Que par le coup fatal dont il tranche ses jours. Je te vois , cher époux , et cette marque obscure , Qui trahissoit en toi l'amour et la nature , Découvre , mais trop tard , sur ce front languissant , Lorsque tu vas mourir , ton amour renaissant ; Je le vois, j'aperçois dans le cours de ces larmes Les attraits innocens de ses premières charmes ; Et si tu ne vois pas les miennes s'y mêler , Ah ! ma douleur par -là craint de se consoler : De peur que leur ardeur s'éteigne dans leur course , Elle a porté son feu jusque dedans leur source, Et veut , s'il faut des pleurs , en puiser dans le sein D'un frère criminel et de ton assassin. Ah! seigneur , vengez -moi ; mais, en juge sévère , Pour punir l'assassin quittez ce nom de frère. J'emprunte votre bras pour immoler en vous Ce qui peut apaiser l'ombre de mon époux , Et venger une sœur !