DON LOPE DE LUNE, LAZARILLE
DON LOPE
HiNFiN, cher Lazarille, un plus heureux génie Nous va de nos destins forcer la tyrannie, Et ce bras l'aura mise au rang des ennemis Qu'au joug de cet état ses exploits ont soumis. Don Bernard rend au prince un digne témoignage Des fruits qu'à l'Aragon a produits mon courage , Qui fera succéder l'espoir que je bâtis Sur la destruction des Sardes déconfits :
Oui, j'ose, sur l'espoir que don Bernard me donne, Prétendre à des degrés proches de la couronne; Et, si l'âme est prophète en ses pressentimens , De grands effets suivront ces nobles mouvemens Qui ne me flattent pas d'une faveur commune, Et me font défier l'orgueil de la fortune.
LAZARILLE
Le fatal ascendant qui gouverne vos jours Sera donc bien changé de ce qu'il fut toujours? Car, depuis qu'à vos pas mon mauvais sort m'attache, Le malheur qui vous suit n'a guère eu de relâche.
DON LOPE
Il est vrai que jamais les destins rigoureux
N'ont rendu sous le ciel de jours plus malheureux,
Et que tous les revers du sort et de l'envie
Semblent pour seul objet avoir choisi ma vie.
Mes plus heureux succès n'ont jamais vu ce bras ,
Sans me coûter du sang, achever de combats;
Mes plus justes desseins n'ont jamais eu d'issue
Qui remplît mon attente ou qui ne l'ait déçue.
Je suis encore à voir le seul et premier fruit
Que jamais ou l'amour ou le jeu m'ait produit.
J'espérois à la cour vaincre par ma constance
De cet astre inclément la maligne influence.
Quand avec don Bernard , Catalan comme moi ,
Je vins avec mes vœux offrir mon bras au roi.
Et comme à la valeur , qui m'est héréditaire ,
Chercher à succéder aux emplois de mon père.
Mais toujours quelque obstacle, arrêtant mes desseins,
Pour moi fermoit au prince et l'oreille et les mains ;
Au lieu qu'une fortune à nulle autre seconde,