ACTE I, SCÈNE
Mais à qui don Bernard n'a rien qui ne réponde, D'abord l'insinuant en l'estime du roi , Ouvroit toujours pour lui ce qu'il fermoit pour moi , Mit bientôt ce grand homme au plus haut de sa roue, Et l'élevant si haut me laissa dans la boue. Enfin ayant acquis par nos communs tributs. Lui de telles faveurs, moi de si long rebuts. Les Sardes révoltés nous ont ouvert la lice Où je pouvois du sort affronter l'injustice. Et, me le soumettant, arracher de ce bras I^es faveurs qu'il me doit et ne me donne pas.
LAZARILLE
A voir de quels dédains la fortune me traite,
Nous devons être nés dessous même planète;
Jamais occasion d'intérêt ou d'honneur
Par son événement n'a marqué mon bonheur;
Mais surtout qu'en mon choix le sort me fut contraire,
Quand, me donnant à vous, IJrsin suivit Cabrère!
Son maître auprès du roi possède un rang si haut
Que tout rit à ses vœux, que rien ne lui défaut;
Et, dans le triste cours du malheur qui vous presse,
Cette lame enrouillée est toute ma richesse.
DON LOPE
Le service important qu'a rendu ma valeur
Fera bientôt cesser ta plainte et mon malheur :
Les fruits de l'amitié dont Cabrère m'honore
Ne peuvent plus tarder et sont tout près d'éclore :
J'attends de son paquet, que je viens rendre au roi.
L'infaillible faveur d'un honorable emploi,
( Il cherche dans sa poche. )
Et puis.... Mais quelle peine est celle où je me treuve ?
Oh ! de mon mauvais sort la plus fatale épreuve, Et qui de mes malheurs me rend le plus confus! Ce paquet....
LAZARILLE
Est perdu?
DON LOPE
Je ne le trouve plus.
O négligence insigne, et surprise importune! J'ai joint si peu de soin à si peu de fortune, Et si mal conservé le gage glorieux Qui devait rendre au roi mon nom si précieux?
LAZARILLE
Le sort nous en veut trop , il faut qu'il nous achève , Et sa haine est pour nous sans quartier et sans trêve. Mais voyez bien , peut-être aurez-vous mal cherché ; Vous l'aviez ce matin où nous avons couché : L'auriez-vous oublié? Cherchez mieux, je vous prie.
DON LOPE
Je l'aurai pu laisser dedans l'hôtellerie; Mais retourner si loin seroit un vain souci, Puisqu'enfin aujourd'hui Cabrère arrive ici , Et que sur le chemin ma blessure rouverte. De trois ou quatre jours m'ayant coûté la perte, A fait d'autant de temps avancer son retour; Si bien qu'aujourd'hui même on l'attend à la cour. Où sa voix, suppléant la perte de sa lettre. M'obtiendra les effets que j'osois m'en promettre. S'il se peut toutefois faisons savoir au roi Quels exploits en Sardaigne ont établi sa loi; Et, de ces grands succès lui faisant des peintures.