‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 69 sur 465 · ACTE I, SCENE V. loi · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE V. loi

Et que, pouvant user d'un pouvoir absolu, Je cesse de vouloir sitôt que j'ai voulu; Que dans la même cause, et criminel et juge. De l'objet offensé je deviens le refuge, Et, de quelques efforts que je sois combattu, N'ai pas assez d'amour pour manquer de vertu. Ainsi mon cœur pressé par l'un et l'autre extrême, Est le champ d'un combat de moi contre moi-même, Qui lâche ou généreux, foible ou fort que je suis, Protège en même temps l'honneur que je poursuis,

LE COMTE

C'est par ce beau combat que vous rendez des marques

Du plus considérable et plus grand des monarques.

L'amour est un doux mal commun à tous les rois,

Mais peu de la raison lui font suivre les lois ,

Peu savent avec lui modérer leur puissance,

Et quand il ose trop , réprimer sa licence.

Ces qualités aussi vous attirent nos vœux;

De Pèdre , et non du roi , le monde est amoureux ;

Et le surnom de Grand que l' Aragon vous donne.

Vient plus de vos vertus que de votre couronne.

C'est un malheur d'un trône où l'on est élevé.

Qu'être toujours en butte et toujours observé;

Qu'il ne soit mur si fort dans les palais des princes

Que ne puissent percer les yeux de leurs provinces :

Toutes les actions regardant leurs sujets,

De leurs sujets aussi sont toujours les objets;

Avec le peuple enfin ils partagent un titre.

Et juges de l'état, l'état est leur arbitre.

Pour votre majesté c'est un repos bien doux

De pouvoir sans rien craindre être jugé de tous;

Et c'est pour un monarque une vertu sublime De haïr comme vous jusqu'à l'ombre du crime; D'être un si saint exemple aux yeux de votre cour, Et pouvoir accorder l'innocence et l'amour.

DON PÈDRE

L'intérêt qui m'allie avecque la Navarre Pouvoit seul me priver d'une beauté si rare; Et toute autre raison moins utile à l'état, La splendeur de mon rang , le nom de potentat , Ni tous les fondemens d'une haute espérance, Ne me pourroient ravir l'heur de son alliance.

Page 1