Tome V. d
ii4 DON BERNARD DE CABRÈRE,
L'escadron reconnu, lorsque pour l'investir,
Notre avant-garde enfin commença de partir,
Au même instant des arcs de ce peuple rebelle
Nous vîmes dessus nous fondre une épaisse grêle,
Qui, tant que put durer un choc si violent,
A leur témérité fut un rempart volant :
Il semble à cet effort que nos rangs se séparent;
Mais leurs traits épuisés, nos forces se déclarent.
Et nous fondons sur eux plus prompts que les éclairs
Ne nous frappent la vue et ne percent les airs :
Le plus hardi s'effraie à ces vives alarmes;
Rien ne résiste plus au torrent de nos armes ,
Et nous pavons le champ d'un mélange confus
De bras, de pieds, de corps, d'arcs, de traits et d'écus.
Ceux enfin que la fuite a sauvés de l'orage
A leur ville alarmée annoncent ce naufrage :
On s'y prépare au siège , on en munit le fort ,
Et la rébellion tente un dernier effort.
Mais, sire, ce héros, ce prodige incroyable,
( Montrant don Lope. )
Admirable aux vainqueurs , aux vaincus effroyable ,
Des siècles à venir futur étonnement.
Et de celui qui court la gloire et l'ornement;
Pour tout comprendre enfin, le grand Lope de Lune,
Par une invention fameuse et non commune.
Qu'un Grec tenta jadis sur l'empire latin ,
A rendu vain l'effort de ce peuple mutin :
Il se tire du camp , s'étant avec courage
Découpé d'un poignard le sein et le visage.
Et, dessus vm coureur qu'il rend presque aux abois,
A leurs murs arrivé s'écrie à haute voix :