ACTE II, SCÈNE III. m
Comme l'ardeur peut tout, jointe à l'intelligence, Le temps fut ménagé par tant de diligence, Qu'on découvrit le camp et les murs ennemis, Avant qu'un vent de flamme en eût porté l'avis , Et que de notre abord Calaris avertie Pût ou nous prîmes port faire aucune sortie. Nul ne gardoit l'accès de ces perfides murs ; Mais pour être déserts les champs n'étaient pas sûrs; Car cette ingrate ville, en ruses trop experte, Avoit d'arbres couchés la campagne couverte, Et parsemé de clous les chemins d'alentour, Qui nous firent besoin et d'adresse et de jour. L'un et l'autre à la fin nous aidant le passage. Après un long travail du piège nous dégage, Et, suivant un sentier qui descend d'un coteau, A son pied verdissant nous trouvons un ruisseau Dont le trouble cristal, qui sortoit d'une roche, De gens qui le fouloient nous fit juger l'approche ; Là chacun attentif considérant les lieux , Un brillant escadron se présente à nos yeux, Dont le maintien superbe et le riche équipage. Loin de nous étonner , nous enfle le courage , Nous fait sauter de joie, et nous promet le fruit Du pénible travail de l'onde et de la nuit : Il n'est soldat si las à qui le cœur ne vole, Et qui n'ait la vigueur comme l'âme espagnole; Et presque en un instant tous nos rangs disposés, Séparent les trois corps dont ils sont composés.
DON PÈDRE, a part.
En vain dans cet excès de gloire et d'allégresse Je tâche à résister au sommeil qui me presse.
( n s'endort.)