‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 81 sur 465 · ACTE II, SCÈNE III. ii · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III. ii

Non, tu n'es point pour moi, dure fatalité,

Fille comme on te croit de la nécessité :

Elle n'établit point ton ordre inévitable;

Par ton propre dessein tu nous es redoutable;

Ma disgrâce n'est plus un caprice du sort ;

Tu ne me heurtes point par un aveugle effort;

Une haine Immortelle, une invincible rage,

Un dessein déclaré t'obstine à cet outrage :

En vain par tant d'exploits je m'acquiers tant de bruit :

A qui tu veux du mal tout travail est sans fruit.

Après tant de soucis j'espérerois des roses,

Si tu suivois pour moi l'ordre commun des choses;

Mais tu l'enfreins, barbare, et pour moi seulement

Ton aveugle conduite est sans aveuglement;

Pour moi seul un prodigue, un généreux monarque

Jette sur son renom une honteuse marque,

Et ta rigueur en fait, par une injuste loi ,

D'un Auguste pour tous un Tibère pour moi.

Quoi ! tant de grands effets , tant d'illustres offices ,

Perdent donc en mon bras le titre de services!

LAZARILLE

Un malheureux enfin a beau se désoler,

Beau se plaindre des cieux, et beau les quereller :

Ils versent sans dessein les plaisirs et les peines,

Ils ne sont point garans des affaires humaines ,

Et toute la nature en vain leur veut aider :

A qui naît sans bonheur rien ne peut succéder.

ii8 DON BERNARD DE CABRERE,

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