DON BERNARD, LE COMTE, DON LOPE, LAZARILLE
DON BERNARD, embrassaM don Lope, Plût au ciel, cher de Lune, et je le dis sans feinte, Que le sort qui vous livre une si rude atteinte, Et contre qui pour vous tous mes souhaits sont vains, Suivît son inconstance et nous changeât de mains! La disgrâce du roi me seroit moins sensible Que le mépris qu'il fait de ce bras invincible, Qui seul dans la Sardaigne a rétabli ses lois, Et dont un sceptre seul peut payer les exploits.
DON LOPE
Votre heur, parfait ami, vous dure autant d'années
Que m'ont duré d'instans mes tristes destinées!
Le roi , vous déposant les charges de l'état ,
Me fait justice en vous et ne m'est plus ingrat.
Quoiqu'une même main vous élève et m'abaisse,
Le rebut m'en est doux puisqu'elle vous caresse;
Et la moitié de moi qu'elle laisse si bas
Éclate en la moitié qui régit ses états :
Vivez donc d'Aragon et l'amour et la gloire.
Des plus chers favoris effacez la mémoire,
Qu'aucun soin ne vous trouble en vos emplois nouveaux.
Et. souverain des mers , donnez des freins aux eaux ;
Tandis que de fortune éprouvant l'autre face,
Chétif et triste objet d'opprobre et de disgrâce ,
Je goûterai chez moi pour le moins le bonheur
De savoir mon ami dans ce haut rang d'honneur.