‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 9 sur 465 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

Tu me fais en toi seul maître de mille rois. Le comique où ton art également succède Est contre la tristesse un si pressant remède Qu'un seul mot, quand tu veux, un pas, une action Ne laisse plus de prise à cette passion, Et, par une soudaine et sensible merveille Jette la joie au cœur par l'œil ou par l'oreille.

GEÎfEST.

Cette gloire, seigneur, me confond à tel point

DIOCLÉTIEN

Crois qu'elle est légitime, et ne t'en défends point. Mais passons aux auteurs, et dis-nous quel ouvrage Aujourd'hui dans la scène a le plus haut suffrage, Quelle plume est en règne , et quel fameux esprit S'est acquis dans le cirque un plus juste crédit,

GEJVEST.

Les goûts son différens, et souvent le caprice Etablit ce crédit bien plus que la justice.

DIOCLÉTIEN

Mais entre autres encor, qui l'emporte en ton sens?

GENEST

Mon goût, à dire vrai, n'est point pour les récens : De trois ou quatre au plus , peut-être la mémoire Jusqu'aux siècles futurs conservera la gloire ; Mais de les égaler à ces fameux auteurs Dont les derniers des temps seront adorateurs, Et de voir leurs travaux avec la révérence Dont je vois les écrits d'un Plante et d'un Térence , Et de ces doctes Grecs , dont les rares brillans Font qu'ils vivent encor si beaux après mille ans , Tome V. ~ 2

i8 SAIINT GENEST,

Et dont l'estime enfin ne peut être effacée,

Ce seroit vous mentir et trahir ma pensée.

DIOCLÉTIEN

Je sais qu'en leurs écrits l'art et l'invention Sans doute ont mis la scène en sa perfection; Mais ce que l'on a vu n'a plus la douce amorce Ni le vif aiguillon dont la nouveauté force ; Et ce qui surprendra nos esprits et nos yeux, Quoique moins achevé, nous divertira mieux.

GENEST

Nos plus nouveaux sujets, les plus dignes de Rome, Et les plus grands efforts des veilles d'un grand homme A qui les rares fruits que la muse produit , Ont acquis dans la scène un légitime bruit. Et de qui certes l'art comme l'estime est juste , Portent les noms fameux de Pompée et d'Auguste; Ces poèmes sans prix, où son illustre main D'un pinceau sans pareil a peint l'esprit romain, Rendront de leurs beautés votre oreille idolâtre. Et sont aujourd'hui l'âme et l'amour du théâtre.

VALÉRIE

J'ai su la haute estime où l'on les a tenus , Mais leurs sujets enfin sont des sujets connus; Et quoi qu'ils aient' du beau, la plus rare merveille Quand l'esprit la connoît ne surprend plus l'oreille. Ton art est toujours même, et tes charmes égaux Aux sujets anciens aussi-bien qu'aux nouveaux; Mais on vante sur tout l'inimitable adresse Dont tu feins d'un chrétien le zèle et l'allégresse. Quand , le voyant marcher du baptême au trépas , Il semble que les feux soient des fleurs sous tes pas.

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