‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 97 sur 465 · DON PÈDRE, LE COMTE, DON BERNARD · texte numérisé non relu

DON PÈDRE, LE COMTE, DON BERNARD

DON BERNARD

Grand roi, du mérite et l'espoir et l'appui. Dont l'âme généreuse à chaque instant convie Les cœurs les moins zélés au mépris de la vie, Un devoir d'amitié, d'honneur, de piété. Nous rend solliciteurs vers votre majesté , Pour...

DON PÈDRE

Si vous ignorez le sujet de ma haine.

Vous venez mal instruits du sujet qui vous mène. Que l'intérêt d'un homme indigne de pitié. N'entre point en commerce avec notre amitié : Vous plaignez son malheur, moi je sais son audace; Son nom seul vous feroit encourir ma disgrâce ; S'il a lieu de vanter ses services passés. Sa dernière action les a tous effacés, Et jette sur sa foi des taches éternelles.

LE COMTE

Peut-être un faux rapport...

DON PÈDRE

Mes yeux me sont fidèles, Et, juge de soi-même, il sait si j'ai raison.

i34 DON BERNARD DE CABRÈRE,

DON BERNARD

Est-ce une offense, sire, indigne de pardon?

DON PÈDRE

Ge n'est qu'un attentat qui s'adresse à moi-même.

DON B E R N ARD , à part.

C'est un trait, cher ami, de ton malheur extrême. Qui , te faisant tomber dans quelque aveugle erreur , T'a d'un prince si juste excité la fureur.

DON PÈDRE

Vous savez, amiral, comme en toute autre chose Votre vouloir du mien absolument dispose : Proposez , ordonnez , prenez , faites , otez , En tout , pour toute loi , suivez vos volontés , Et de grâce exceptez cette seule requête : Sans vous son attentat lui coûteroit la tête; Seul j'en sais l'insolence, et, sans plus m'exprimer, Tiens pour mon ennemi qui l'osera nommer. Au reste, de Carlos les troupes insolentes. Par le pays voisin comme un foudre volantes, Ce soir même, au rapport de quelques espions, Prétendent s'avancer jusqu'à nos bastions : Si rencontre , amiral , fut jamais opportune , Faites voir aujourd'hui quelle est votre fortune ; Tout l'espoir de l'état à vos soins est commis ; Coupez avant la nuit la marche aux ennemis; De vos troupes à peine encore désarmées, Ralliez sur-le-champ les ardeurs rallumées, Et, parmi ce péril me conservant vos jours, Soyez ce don Bernard que vous êtes toujours.

Page 1