‹ uvres de Jean Rotrou (volume 2)Chapitre 98 sur 465 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

DON BERNARD, DON LOPE

DON LOPE

Eh bien, mon seul recours et sincère et fidèle, Ami, des vrais amis le plus parfait modèle, Ai-je lieu d'espérer? qu'avez-vous fait pour moi? Qu'a permis ma fortune ? avez-vous vu le roi ? Ah ! j'apprends sa réponse en la votre si lente! Cette douleur muette est une voix parlante. Parlez, parlez; le sort ne frappe plus en nous Que des cœurs de long-temps endurcis à ses coups.

DON BERNARD

Quelle offense , don Lope , aveugle ou volontaire , Vous a si fort du roi suscité la colère?

DON LOPE

Moi l'offenser! Hélas! moi m'adresser au roi, A qui par tant de sang j'ai signalé ma foi! A moi, me reprocher un crime qui le touche! Et ce reproche encor sortir de votre bouche! Vous m'étiez trop bénins, 6 destins inhumains! Et voici de vos coups le seul dont je me plains. Si c'est un crime, hélas! d'avoir fait de mes veines

i36 DON BERNARD DE CABRÉRE,

Aux champs de ses combats de sanglantes fontaines. Et, plus mon ennemi que tous ses ennemis, M'être mis en l'état où mon zèle m'a mis ; M'être, par une ardeur illustre et non commune, Livré seul en otage aux mains de la fortune, Et contre mon visage, à moi-même inhumain, Avoir en sa faveur armé sa propre main; Si pour ces actions sa haine est légitime. J'en souffre le reproche et confesse mon crime;, Mais ailleurs des bienfaits et des vœux éternels Seroient le châtiment de pareils criminels.

DON BERNARD

Quelque ressort du ciel où nous ne voyons goutte Fait prendre à nos destins cette diverse route. Fait que par des nœuds d'or le roi m'attache à lui , Et, parsemant de fleurs le chemin que je sui. Semble, épuisé pour moi d'influences bénignes. Ne pouvoir sur vos pas semer que des épines; Mais ses décrets, sans doute aussi sages que saints. Sous un si grand malheur cachent de grands desseins; J'en présume pour vous quelque grande aventure, Et doute avec raison si ma route est plus sûre. Au premier mot enfin que j'ai parlé pour vous. Le roi s'est emporté d'un si bouillant courroux , Et, pâlissant, m'a vu d'un regard si farouche, Qu'à peine avois-je ouvert qu'il m'a fermé la bouche. Ne se plaint pas de moins que d'une trahison. Et nous a défendu jusques à votre nom. Mais pendant que le temps essuîra sa colère, Cher de Lune, et de grâce, acceptez ma prière; Comptez tout mon crédit, mes biens, mes qualités, ■ Moins au rang de mes biens que de vos dignités.

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