ACTE III, SCENE V
LILIANE
Quel charme , quel démon m'avoit l'œil enchanté ? En quoi puis-je obéir à votre majesté?
LE ROI
Etant plus indulgent à mon âme asservie , Disposant de mes soins , de mes droits , de ma vie ! Enfin , tu m'obéis : si ton cœur se ressent De voir à tes genoux un prince obéissant, Qui cède à tes beaux yeux l'éclat qui l'environne, Et qui met à tes pieds son sceptre et sa couronne ; Daigne d'un seul regard alléger mon tourment. Tu m'as fait, ma déesse, un meilleur traitement.
LILIANE
Dois-je croire aujourd'hui mes yeux et mes oreilles? Ah ! sire , voilà trop honorer mes pareilles. Moi, comment vous pourrois-je obliger à l'amour, Qui n'eus jamais l'honneur de vous voir qu'à ce jour?
MÉLITE
Bons dieux! comme elle ment d'une façon hardie! On diroit que ces jeux sont une comédie.
LE YiOi ., parlant a Fiïene.
Filène , quel avis suivrai-je désormais?
Je me trouve confus, si je le fus jamais.
FILÈNE.
J'estime, après l'affront qu'a reçu cette belle, Que vous méritez bien ce traitement-là d'elle.
LE ROI
Tient-elle pour affront cette heureuse prison Où j'ai fait pour son bien consentir sa raison?
i38 LA. BAGUE DE L'OUBLI,
FILÈNE.
Sire, ce n'est pas tout; car, la voyant paroître, Vous témoigniez tantôt de ne la pas connoître ; Vous avez rudement son discours rejeté , Accusé son esprit de trop de vanité :
Si bien qu'elle se venge; et, quoiqu'elle vous aime, Je tiens qu'elle a raison de vous traiter de même.