‹ uvres de Jean RotrouChapitre 99 sur 422 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les MEMES, LE ROI, FILÈNE.

LE ROI court embrasser Liliane.

Liliane , est-ce toi, ma déesse, ma vie? Eh ! quel destin m'avoit ta présence ravie ?

i36 LA BAGUE DE L'OUBLI,

D'où me "vient éclairer ce bel astre d'amour? En quel lieu de la terre as-tu porté le jour? Que je baise cent fois cette agréable bouche; Mais une avare main défend que je la touche- Cruelle, d'oii provient ce soudain changement? Ordonnez ou ma mort ou mon allégement.

LILIANE

Effronté , quelle humeur à ce dessein vous porte ^ Et vous fait outrager les filles de ma sorte?

LÉONOR, I

Le divertissement a de charmans appas ! Comme elle parle au roi, qu'elle ne connoît pas?

LE ROI

D'où vous naît cette humeur? et quelle frénésie Depuis si peu de temps a votre âme saisie? Madame , savez- vous que vous parlez au roi , Et que nous respirons sous une même loi ?

LILIANE

Quoi! me serois-je, 6 dieux! si lourdement méprise! Sire , mon ignorance a ma faute commise : Mais je n'ai point dessein d'excuser mon péché; N'épargnez point mes jours, si je vous ai fâché.

LE ROI

Tu ne le peux , ma reine , et cette repentance Pourroit plus m'affliger que n'a fait ton offense ; Car je ne trouve point de tourmens ennuyeux, Comme de voir couler les larmes de tes yeux. Mais ce regret te livre une légère atteinte , Et, comme ton péché, ta repentance est feinte.

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