LE CAPITAINE DES GARDES
Dieux! qu'est-ce que je vois? Sire, aucune licence Ne m'a fait rien tenter contre votre défense; Ils m'auroient sans effet tous leurs moyens offerts: L'anneau seul que j^ai vu m'a fait rompre leurs fers.
LE ROI, j'egardant a son doigt.
Il faut que d'autres qu'eux trerapent en l'entreprise Qui m'ont ce diamant détourné par surprise. Qui donc te l'a fait voir?
LE CAPITAINE, montrant Liliane.
Cette jeune beauté Qui m'a dit le tenir de votre majesté.
LE ROI
Lorsque je l'obligeai de cette courtoisie. De violens soucis m'avoient l'âme saisie : Donnez-moi cet anneau ; toi , ne diffère plus ;
(Il l'ôte à Liliane.)
Exempte-moi d'ouïr leurs regrets superflus , Va remettre en l'horreur d'une prison plus noire Ces lâches ennemis des lois et de ma gloire.
LE DUC
Sire , souvenez-vous que le ciel a des yeux.
i4o LA BAGUE DE L'OUBLI,
(Il remet sa bagne.)
Oui , pour voir et punir ton forfait odieux ; Qu'ils sortent promptement. Tu ne saurois , ma reine , Si tu m'aimes encor, t'affliger de leur peine, Puisque la même nuit qui doit joindre nos corps, Les doit tirer des fers et faire nos accords. Hélas ! que cette nuit fait languir mon attente! Que mon désir est prompt, et que sa fin est lente! Les fers de notre hymen pourront bien être forts , Puisque le ciel y met tant de temps et d'efforts.
(Avec des contenances touti-s changées.)
Triste, lent, assoupi, froid comme est une souche, Foible , et qui ne saurois qu'à peine ouvrir la bouche , De qui le changement en ma pâleur se lit , Je réclame vos soins ; qu'on me conduise au lit.
LÉAWDRE, Cl LéonoT\ tout bas.
Voyez quel prompt effet a changé son visage.
LILIANE
Si près de votre cœur perdez-vous le courage? Ce mal qui ne provient que de trop de souci, Comme il est tôt venu, s'en ira tôt aussi.
LE ROI
Adieu , laissez un peu durer mes rêveries ,
Et ne m'ennuyez plus de vos cajoleries.
Je m'ignore moi-même, et, réduit à ce point,
J'entends, je vois, je parle, et ne vous connois point.
LÉANDRE, a Léonor.
Voyez l'étrange effet.