‹ uvres de Jean RotrouChapitre 11 sur 422 · ACTE II, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IL

Le laurier n'auroit point encore orné de fronts , S'il n'eût eu des desseins moins justes et plus prompts. Jamais intentions ni saintes ni licites N'autorisoient jadis l'effort de ses poursuites; Son amour n'eut jamais pour but que ses plaisirs^ Une heure faisoit naître et mourir ses désirs. Jamais un vrai tourment ne l'a réduit aux plaintes ; Elles furent toujours ou légères ou feintes: Et le rusé qu'il est, s'il a versé des pleurs, Ce n'étoit seulement que pour nourrir les fleurs. Mais cette affection dont l'ardeur me transporte Est plus juste et plus sainte, ainsi qu'elle est plus forte; Et, comme le respect enfin m'est un poison, La force est un conseil qui vient de la raison. Ami vraiment parfait , si dans ce siècle infâme Un esprit peut brûler d'une éternelle flamme, Et, de tout autre objet entièrement démis, Prouver qu'il est encor de sincères amis ; Toi , que nul intérêt n'attache à ma fortune , Qui trouve même ici ma louange importune, Eristhène, où le droit n'est que trop évident On ne peut redouter de sinistre accident : Favorisés d'un dieu qui fait trembler les autres. Tous les desseins du sort doivent céder aux nôtres ; Allons, un doux espoir, qui sur ton front se lit. M'anime et me promet ce soleil dans mon lit.

ERISTHÈNE.

Allons, c'est trop souffrir ces discours inutiles; Et tu dois la prière à des âmes plus viles , S'il est de vrais amis, cette lame et mon sang N'aspirent qu'à l'honneur de m'écrire en ce rang.

LISIDOR.

Et moi , si l'amitié fît jamais un prodige,

Dans les plus grands efforts qu'un beau péril exige ;

Et si jamais des cœurs sensiblement atteints

Ont fait pâlir l'audace en leurs moindres desseins ,

Ami, crois que le ciel a de trop vains obstacles

Pour me ravir l'honneur de faire des miracles ;

Et qu'armé pour ton nom , tous ses yeux éblouis

Sauroient qu'il est encor des actes inouïs.

ÉRISTHÈNE.

Assurés d'une foi qui n'est que trop certaine.

Discourons seulement du sujet qui nous mène.

Si l'amour sur ton cœur est si fort absolu

Qu'on ne puisse ébranler ce dessein résolu ,

Tu ne peux ignorer que les pleurs ont des charmes.

Et qu'on se défend mieux des armes que des larmes;

Les yeux à qui les tiens résistèrent si peu

Sont possible aussi forts par l'eau que par le feu :

Souvent , quelque dessein qu'un amant se propose ,

Un timide respect lui tient la bouche close.

LISIDOR.

Si Tantale aux enfers peut oublier ses fruits. Qu'elle triomphe alors de mes desseins détruits. Ah, que tu juges mal du sujet qui m'anime! Et qu'une jouissance est froide en ton estime! Que tu mets peu d'appas en ce contentement! Que tu m'ôtes à tort la qualité d'amant! Et que le dieu des dieux auroit de foibles armes, Si ceux qu'il a blessés guérissoient par des larmes !

Non, tout respect à part, mon repos m'est si cher

Mais, dieux! comme à propos je vois ce beau rocher!

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