ACTE II, SCÈNE II
Approuve mon dessein , vois que tout l'autorise , Comme sans l'espérer le ciel me favorise , Que l'ombre et le soleil conspirent à mon bien, Et que l'eau dit tout bas que ce trésor est mien.
(Il baise Cléonice endormie. )
Que le vent est hardi qui fait mouvoir ces arbres , Qu'avec peu de respect l'eau coule sur ces marbres; Et toi , qu'un sort étrange arrête dans ce lieu , Echo , ne parle plus , crains d'éveiller un dieu : Sais -tu pas que l'auteur de ta métamorphose, Armé d'arc et de traits, dans ces beaux yeux repose? Imite mon respect, et lis dans ma langueur Que ce tyran me traite avec plus de rigueur. Ah! pliit à cet ingrat qui captive mon âme, Que ce cœur fût plutôt de roche que de flamme ! Il seroit insensible à tant de cruautés.
(Il parle à son ami.)
Mais que fais -tu, cruel, auprès de ces beautés?
Stupide, quel excès de haine ou d'ignorance
Conseille à ton devoir si peu de révérence ?
N'es-tu pas tout de flamme? et peux-tu, cœur abject,
Voir avec ces froideurs un si divin objet?
N'as- tu pour tant d'attraits ni soupirs, ni louanges?
(Il baise l'ombre de Clëonice.)
Apprends, barbare, apprends à révérer les anges; Offre - lui , prosterné , tes désirs et ta foi , Et viens baiser son ombre et ses pas comme moi. Il est vrai que , craignant d'approcher ce visage , L'amour et le respect ôtent bien le courage , Et que , si ta prudence ici ne me conduit
CLÉONICE, éveillée.
Encor la même erreur qui m'a paru la nuit!.
USIDOR.
Encor ce même amant qui t'a toujours servie ,
Attend de tes regards le trépas ou la vie!
Encor ces mêmes traits qui blessent tant de cœurs ,
Me forcent au dessein d'aimer ces beaux vainqueurs!
Encor ces mêmes sens chérissent leur servage ,
Et te jurent, ma reine, un éternel hommage!
CLÉONICE
Tous ces termes sont vains, ton indiscrétion Te convainc clairement de peu d'affection.
LISIDOR.
Vous condamnez , mauvaise , un cœur qui vous respecte , Et de qui la candeur ne peut être suspecte.
CLÉONICE
Si la confusion de tant de sots propos
Ne s'ingéroit à tort de troubler mon repos....
LISIDOR.
Dieux! puis -je d'une voix qui peut fendre des roches, Et qui troubla le mien, entendre ces reproches?
CLÉONICE
Telle estime est injuste, un jugement plus sain Auroit de son malheur accusé son dessein.
LISIDOR.
Ton reproche est inique et ta voix inhumaine.
Qui même en ce moment blâme et cause ma peine.....
CLÉONICE
Donc, pour vous affranchir d'un semblable tourment, Parlez -moi du silence ou de l'éloignement.