‹ uvres de Jean RotrouChapitre 111 sur 422 · ACTE IV, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IV

LE ROI

Valeureux chevalier , que l'on vous doit de gloire !

FABRICE

Chevalier, ô bons dieux, comme il m'en fait accroire 1 Je ne montai jamais qu'un seul cheval de bâts, Encor ne cessa-t-il qu'il ne m'eût mis à bas.

( Haut.)

Ce généreux héros, sire, m'a fait un frère, Qui surtout s'est acquis les secrets de la sphère. Ah! sire, qui croiroit les étranges effets Que moi-même j'ai lus aux écrits qu'il a faits? Qu'il connoît une étoile à nous nuire obstinée, Et qu'il nous a prédit une funeste année !

LE ROI

Puis-je, brave héros, sans paroître indiscret, Vous prier de m' apprendre, un si rare secret?

FABRICE

Quoi , ce qu'on sait déjà par toute la province , N'a pas encor gagné les oreilles du prince! Vous seul, en ce royaume, ignorez-vous ce mai, Et combien à nos jours l'or doit être fatal?

LE ROI

Je sais que l'or peut tout dans le siècle où nous sommes; Il est le seul sujet de tous les maux des hommes.

FABRICE

Ah ! sire, je l'entends tout autrement encor : Qui veut bientôt mourir n'a qu'à porter de l'or. Ce métal , cette année , a la vertu si forte , Qu'il fait perdre la vie à celui qui le porte. Chacun fuit ce qui fut jadis si précieux, Et je ne cite point de témoins que mes yeux.

i5o LA BAGUE DE L'OUBLI,

LE ROI, ôtant et jetant son diamant et sa chaîne d'or.

O ciel! que ce discours met mon esprit en peine! Jetons ce diamant , et quittons cette chaîne ; Pourquoi m'a-t-on celé cette prédiction?

Dieux! je meurs de colère et d'appréhension.

FABRICE, les ramassant.

Puisque cette aventure à tout homme est commune, Sire , il les faut cacher de peur d'autre infortune.

LE ROI

Qu'on jette dans la mer ce malheureux métal, Qui , trouvé ^ pourroit être à quelque autre fatal.

FABRICE, s'en allant avec l'or.

La belle occasion que la Fortune m'offre!

Que je vais de bon gré le jeter dans mon coffre !

LE ROI seul, avec des actions toutes différentes.

Dieux! comme nos humeurs changent en un moment! Qu'en moins que d'un trait d'oeil je sens d'allégement! Mes soins avoient si bien mon humeur refroidie , Qu'il me semble sortir de quelque maladie. Mais où sont tous mes gens?

F ILE NE, vient et dît.

Sire , le général De vos pays frontiers, avecque l'amiral. Viennent baiser vos mains.

Et qui sont-ils , Filène ?

FILÈWE.

Agys et Théodose.

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