SCÈNE V
AGYS, THÉODOSE, LE ROI, FILÈNE.
AGYS, généiul^ aux pieds du roi.
Quel hommage vous doit, en sa charge nouvelle,
Un qui n'a mérité que le nom de fidèle ;
A qui votre bonté donne un commandement
Dont tant d'autres pourroient s'acquitter dignement ?
Sire, une telle charge eût mon âme étonnée,
Si telle que les dieux la vôtre n'étoit née ,
Qui n'obligent jamais à prendre de souci
Sans donner les moyens d'exécuter aussi.
Vous régnerez en paix, ou vos villes frontières
De tous vos ennemis seront les cimetières,
THÉODOSE , amiral. Et moi , quelque mutin que soit cet élément Qu'a soumis à ma loi votre commandement, Je le veux asservir avec tant de puissance , Qu'il ne respirera que votre obéissance. Qu'il rendra sous vos gens tous ses flots endormis , Et n'ouvrira son sein qu'aux vaisseaux ennemis.
LE ROI
Dois-je croire aujourd'hui mes yeux et mes oreilles ? Qui se trouva jamais en des peines pareilles ? Qui change mon état en si peu de momens? Et qui vous a pourvus de ces comraandemens?
î5i LA BAGUE DE L'OUBLI,
AGYS.
Nos deux provisions nous ont été données : Avec le vice-roi vous les avez signées Tout fraîchement : Léandre a nos sermens reçus. Sire , que nous peut-on reprocher là-dessus ?
LE ROI
Que prétend ce Léandre, et quel droit lui suggère Ces grands soins pour l'état dont son esprit s'ingère? Qui le fait sans aveu gouverner mes sujets , Et faire à mon déçu de semblables projets?
FILÈFE.
Sire, si l'on me doit recevoir pour arbitre, Vous-même vous l'avez honoré de ce titre ; Et j'ai , durant ce mal qui troubloit votre esprit , Yu ses provisions, oui vous avez souscrit.
LE ROI, mettant Vépée a la main.
Traîtres, vous trempez tous en même intelligence , Et je prendrai de tous une égale vengeance.
(11 les poursuit tous Tepée à la main. )
Quoique, pour éviter mon courroux sans pareil, Vous fussiez élevés dans le char du soleil , Ce vif ressentiment me fourni roit des ailes Pour atteindre et punir vos têtes infidèles.
AGYS.
Sire, miséricorde!
FILÈWE.
O dieux! qu'ai-je commis?
LE ROI
Tu réclames en eux tes plus grands ennemis,
Et les dieux les premiers ordonnent ton supplice,
Et conservent les rois s'ils aiment la justice.