SCÈNE V
LE ROI, FABRICE
LE ROI, Ze surprenant.
En l'état où je suis tout objet m'est suspect; Fabrice, qui te fait trembler à mon aspect? Que tiens-tu? que vois-tu, l'œil hâve et le teint blême? Et que t'entends-je ici murmurer en toi-même ? Tome I. n
i62 LA BAGUE DE L'OUBLI,
FABRICE
Ah! si vous permettez à mon cœur agité D'avouer ce qu'il pense à votre majesté, Que je vous vais apprendre un accident étrange, Et qu'un vol que j'ai fait me vaudra de louange!
LE ROI
Achève promptement, tire-moi de souci, Rassure tes esprits; mais que te vois-je ici?
FABRICE
Sire, durant l'état de cette maladie.
Où l'astre de vos jours à la fin remédie, J'ai vu, la larme à l'œil, que mille ont profité Avantageusement de votre infirmité.
Je dois tout avouer, quoi que je me propose, J'eus le dessein aussi d'en tirer quelque chose. J'obtins ce que je tiens, par ce mensonge exprès, Que qui portoit de l'or mouroit bientôt après. Vous n'eûtes pas sitôt cette bague tirée. Que je ne vous vis plus avoir l'âme altérée : Et j'ai depuis jugé que quelque enchantement Avoit été caché dessous ce diamant.
LE ROI, embrassant Fabrice, O ciel! que ce discours a mon âme ravie! Ta seule invention me conserve la vie : Mais voyons en ton doigt s'il aura quelque effet. Ami , rends là-dessus mon esprit satisfait.
FABRICE, le mettant a son doigt.
Où me réduira-t-il , s'il faut que je l'oublie , Moi, qui déjà sans art n'ai que trop de folie? Sire, prenez le soin.... Mais le mal que je sens En moins que d'un trait d'œil assoupit tous mes sens.