ACTE II, SCENE IL
LISIDOE.
Plutôt pour me guérir ordonne que j'approche, Et me laisse languir sur ces deux monts de roche,
CLÉOWICE.
Pour trouver le repos que je veux vous causer. Les rochers sont trop durs , on n'y peut reposer.
LISIDOR.
J'espère que ma lèvre, en ses douces atteintes. Sentira que ces rocs ne sont durs qu'à mes plaintes.
CLÉONICE
Vous ne pouvez pourtant ignorer qu'un rocher Est beaucoup plus sensible à la voix qu'au toucher.
LISIDOR.
Mais le ciel les a faits, par de secrets miracles, Capables des baisers où tu mets tant d'obstacles.
CLÉONICE
Et son même pouvoir qui les a faits si doux,
Les consacre aux baisers d'un autre amant que vous.
LISIDOR.
Ah! c'est trop discourir, il faut, âme de souche. Que la force aujourd'hui les consacre à ma bouche- Inutiles respects, auteurs de mon tourment. Si je vous suis encore, je souffre justement. Son cœur est trop injuste , et cette ingrate amorce Qui me charme l'esprit autorise la force; Je méprise les yeux; un homme est insensé Quand il craint de déplaire à ceux qui l'ont blessé.
( 11 parle à son ami. )
Ici ton amitié ne peut trop favorable
Tirer mes sens vaincus d'un état misérable :
La même continence, après des vœux si saints, Avoûroit que le ciel préside à mes desseins. Ne différons donc plus cette assistance offerte. Qui conserve ma vie et détourne ma perte.
CLÉONICE
Pour savoir et punir ce forfait odieux.
Ciel! tu ne manques point ni de foudres, ni d'yeux
Souvent les seuls projets ont ouvert des abîmes,
Et les punitions ont prévenu les crimes :
Ah! si quelque respect de mon intégrité....,
LISIDOR,
Tes vœux sont exaucés , et le ciel irrité D'un châtiment cruel a prévenu mon vice , Les flammes et les fers ont été mon supplice ; Ainsi tout me convie à l'accomplissement; Que puis -je redouter après le châtiment?
Serpens , tigres, lions, ours, qu'ici votre rage Ne me vient affranchir d'un si cruel outrage?
(Elle voit Cloridan.)
C'est de vous seulement que dépend mon bonheur^ Si , finissant mes jours , vous sauvez mon honneur.