‹ uvres de Jean RotrouChapitre 139 sur 422 · ACTE I, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III

En ce combat injuste étoient ses vaines armes;

Et, quand il s'emportoit aux extrêmes efforts,

Mes pleurs et mes soupirs demeuroient les plus forts.

J'attendrai, disoit-il, la juste repentance

Qui vous doit faire un jour couronner ma constance :

Tout cède, tout se rend à la suite des jours,

Et le temps a dompté des lions et des ours.

Enfin de la menace il passe à l'artifice,

Et commet Ozanor au détestable office.

De me faire agréer ses desseins criminels.

CLÉAGÉNOR.

O ciel! que faisoient lors les foudres éternels?

BOEISTÉE.

Le traître que je nomme est ce brutal infâme

A qui pour mon secours ton bras vient d'ôter l'âme.

Il passa le dessein de sa commission,

Et du tourment d'un autre il fit sa passion.

Après les premiers jours qu'il parloit à Ménandre,

Il ne me pressa plus de le voir, de l'entendre ;

Et, de son confident devenu son rival,

Au lieu du mal d'un autre il parloit de son mal:

Les respects qu'il feignoit, ses vœux, sa modestie,

Me firent écouter l'avis de ma sortie.

Je n'attends, disoit-il, la fin de mon tourment

Que de votre dessein que je suis seulement.

Ma prière à ces mots presse ma délivrance;

Je sus régir mes yeux, j'estimois sa présence:

Ma voix le refusant, mes yeux lui promettoient,

Et le charmoient encor, tout mouillés qu'ils étoient.

Ainsi, croyant déjà sa victoire certaine,

Sous ces faux vêtemens il me tira de peine.

Î92 CLÉAGÉNOR ET DORISTEE,

Mais bientôt ce brutal fit renaître mes soins : Car, sitôt qu'il se vit seul, libre et sans témoins. Ravi de son butin, l'œil gai, l'âme contente, Il me sollicita d'accomplir son attente. J'ai taché par mes pleurs d'éteindre ses désirs; Mais son cœur, indulgent à ses sales plaisirs, A toujours conservé sa passion brutale; Et ce bois secondoit son attente fatale. Quand le ciel a permis que ta rare valeur Ait par son châtiment diverti ce malheur.

CLÉAGÉNOR.

Maintenant, mon souci, craignant quelque poursuite, Assurons notre amour par une prompte fuite. Théandre, un cavalier qui m'aime chèrement, M'a chez lui ce matin offert un logement: Sa maison n'est pas loin, la route en est secrète; Approchons, s'il se peut, cette heureuse retraite, Où nos soins consommes et nos tourmens bannis Nous laisseront goûter des plaisirs infinis.

DOPaSTÉE.

Mes pas en ce besoin forceroient ma foiblesse; Mais je ne puis dompter une soif qui me presse : Mes discours ont accru cette soif tellement , Qu'à peine je pourrai la souffrir un moment: Qu'un peu d'eau, cher amant, soulagerait ma peine J Si mon bonheur ici t'offroit une fontaine !

Attendez seulement : un ruisseau dans ce bois En a fourni tantôt à la soif que j'avois : 3e reviens de ce pas.

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