ACTE II, SCEÎfE L
Si quelqu'un arrêté n'obéit aussitôt , C'est fait que de ses jours , je tue au premier mot. Ah! combien sentiront ma fureur inhumaine, Et de combien de sang va rougir cette plaine !
PREMIER VOLEUR
Fais plus et parle moins.
PHILÉMOND.
Vous verrez au besoin. PREMIER VOLEUR, le posaut en embuscade.
De là, sans être vu, tu découvres de loin.
PHILÉMOND. 1^
y serons-nous long-temps ?
DEUXIÈME VOLEUR
Non; et toi, camarade.
Cet endroit te plait-il ? fais là ton embuscade ; Je vais un peu plus haut, où les arbres pressés Font que, sans être vu, l'on voit pourtant assez,
PHiLÉMOND en embuscade.
Le gentil exercice! O ciel! me peux-tu luire, Et voir toujours le sort si constant à me nuire? Ce corps est menacé , fait esclave, ravi; D'un troisième accident le second est suivi. Une heureuse rencontre entraîne une importune, Et je semble être seule en butte à la fortune. Objet de mes désirs, triste Cléagénor, Si tu sais l'accident qui nous sépare encor , Quelle peur te défend une conquête aisée ? Laisses-tu Doristée à leur rage exposée? Viens, cruel , contempler en cette extrémité L'agréable voleur qui prit ta liberté ;
200 CLÉAGÉNOR ET DORISTÉE,
Viens être pour jamais le butin de ses charmes, Que tu nommois jadis de si puissantes armes; Et, joignant à mon bras l'assistance du tien. Des mains de ces voleurs tâche à tirer ton bien. Hélas! Cléagénor est sourd à ma prière, Et je demeure en proie à leur dextre meurtrière : Je ne puis qu'au hasard d'un généreux trépas...
DEUXIÈME VOLEUR, se penchant et indiquant a Philèmond des gens qui passent.
Vois si c'est que quelqu'un adresse ici ses pas, Il le faut aborder.
O ciel! sois favorable Au dessein de forcer mon destin misérable.