ACTE II, SCENE IV
Un chevreuil des plus beaux , vivant , à cornes d'or, Dieux! à ce souvenir je le revois encor! Étoit ce cher butin dont je fus idolâtre. J'admirois son adresse en sa course folâtre; Et ce jeune animal me sembloit si charmant , Que je n'avois que lui de divertissement. Je le suivois au parc , je marchois sur sa trace , Et rien n'étoit si cher à mes yeux que sa grâce. Mais combien j'achetai ce plaisir innocent! Comme je le baisois , mon mari paroissant : Lascive, me dit-il , impudique, effrontée , J'ai ta brutale ardeur trop long-temps supportée. A ce mot il s'élance, et d'un coup inhumain, Sur ma joue innocente il imprime sa main. Ce coup fit de mes yeux deux fontaines de larmes. Et je ne me servis que de ces vaines armes.
DIANE
0 dieux!
UORAIVTE.
Ce n'est pas tout , lui-même fut épris , L'ayant considéré, de sa beauté sans prix; Et, comme il l'embrassoit, j'imitai son caprice, Et de pareille offense il eut même supplice : Ma main vengea sur lui mon courage offensé. Là mon œil s'est ouvert, et mon songe a cessé. Mais depuis mon réveil, tu ne le saurois croire. J'ai ce jeune chevreuil toujours en la mémoire; Il me semble en ce lieu sauter à bonds divers ; Je l'ai vu les yeux clos et vois les yeux ouverts.
Dî AWE.
Pareille impression profondément tracée ,
JN'ous demeure long-temps présente en la pensée,
2o8 CLÉAGÉNOR ET DORISTÉE,
Et nous montre le jour les objets de la nuit ,
Car... Mais voici monsieur et quelqu'un qui le suit.