DORANTE, DIANE
DORANTE
Diane , quel effroi , quel signe , quel augure , Menacent mon repos d'une triste aventure? Ces sinistres pensers que je ne puis bannir, Quelques lieux où je sois viennent m'entretenir , Et contre eux ma raison vainement employée. Laisse mes sens troublés et mon âme effrayée.
DIANE
Madame, observez-vous ces songes décevans,
Chimériques objets en nos cerveaux mouvans ,
Et qui n'ont point d'effet que cette vaine crainte.
Dont à leur souvenir nous avons l'âme atteinte.
Dont à sa fantaisie on se forme le sens.
Et qu'on rend comme on veut flatteurs ou menaçans?
DORANTE
Un songe interrompu, dont la suite est confuse, N'est qu'une illusion , telle erreur nous abuse ; Mais les songes suivis , et que rien n'interrompt. Disent des vérités , et leur effet est prompt. Apprends en peu de mots si j'en dois être en peine , Et le ciel toutefois rende ma crainte vaine!
J'en conjure les dieux.
DORANTE
Mon mari de retour De la chasse, sa vie et sa plus chère amour, Me voyant, témoignoit une excessive joie. Et ne faisoit que moi maîtresse de sa proie :