SCÈNE IV
P ERS IDE, seule.
Coulez , ruisseaux de pleurs ; me contraindre en ce terme ,
C'est témoigner un cœur plus barbare que ferme;
Les entretiens sont vains, les attraits superflus ,
Et les ris criminels oii Cloridan n'est plus ?
Je veux que ma douleur grave sur mon visage
Combien l'éloignement est un sensible outrage;
Que Cloridan abhorre après ce long séjour
Ce qu'il nomma jadis son espoir et son jour.
Mais qu'un puissant respect à ma douleur s'oppose ^
Que mon prince a de part au mal que je me cause;
Quel heur puis-je espérer de ces appas perdus,
Et dois-je disposer des biens qui lui sont dus?
Dures extrémités où me met son absence!
Rire, c'est le trahir, et pleurant je l'offense.
Que tu fus inhumain, barbare, quand tu fis
Un si lâche dessein que d'exiler ton fils !
Le devois-tu forcer à perdre ce qu'il aime,
Et peux-tu consentir à le perdre toi-même?
Toi dont la vanité règle les passions ,
Dont l'humeur n^a d'objet que les possessions;
Dont l'œil veille sans cesse , et la main cache et serre
Avecque tant de soins des excrémens de terre :
Pouvois - tu sans contrainte éloigner de tes yeux
Un trésor bien plus rare, et que tu tiens des cieux?
Dieux! que ne fîtes -vous des yeux à la nature,
Son pouvoir ici- bas n'agit qu'à l'aventure :
Car, pouvant conférer ses faveurs justement.
Ce tigre produiroit des tigres seulement;
Et l'aimable sujet que mon âme révère
Auroit reçu le jour d'un parent moins sévère.
Mais, quoique sa rigueur nous ait pu désunir,
Il nous reste un moyen de nous entretenir.
Lignes qu'en ce papier l'amour même a tracées.
Portez à mon amant mes plus chères pensées;
Vœux, atteignez dans peu cet aimable vainqueur,
Animés du dessein de rentrer en mon cœur.
( Le page ■vient.)
Page , que mon amant ait dans peu ces nouvelles : Qu'ici l'affection vous attache des ailes ; Et, si vous désirez obliger mon amour, On n'y peut réussir...