‹ uvres de Jean RotrouChapitre 163 sur 422 · SCÈNE VL · texte numérisé non relu

SCÈNE VL

THÉANDRE, PHILÉMOND.

THÉANDRE

Quelle tristesse, page.

Et quelle inquiétude est peinte en ton visage? Le bien que je te dois m'oblige à t'obliger ; Si ton joug est trop rude, il le faut alléger; Je veux que ton servage égale mes délices, Que ta discrétion mesure tes services.

Et que, sans t'obliger d'un empire absolu,

2i8 CLÉAGÉNOR ET DORISTÉE, On remette à ton choix quoi qu'on ait résolu; Quelqu'un t'a-t-il prescrit une loi plus sévère ?

PHILÉMOWD.

Ah!

THÉANDRE

Je veux plus encor : qu'on t'aime, te révère. Qu'on suive tes avis, et que tes sentimens Passent pour des arrêts et des commandemens.

PHILÉMOND.

Je respecte le joug où mon destin m'engage; La liberté vaut moins que cet heureux servage ; Mais je dois rapporter plus à votre dédain Qu'à votre affection ce traitement humain Où vos bontés, monsieur, épargnent ma jeunesse, Et ma seule impuissance entretient ma paresse.

THÉANDRE

Qui pourroit t'écouter sans inclination?

Ton esprit est plus grand que ta condition, Et le ciel destinoit un si parfait ouvrage Bien plus à recevoir qu'à rendre de l'hommage; Mais plus je te regarde , et plus je me souviens D'une qui fut l'objet de mes vœux anciens , Et qui devoit combler les plaisirs de ma vie, Si devant notre hymen la mort ne l'eût ravie : Voilà son même teint, c'est son œil que je vois, Et pour la figurer elle revit en toi.

PHILÉMOND.

Je dois beaucoup, monsieur, aux soins de la nature.

THÉANDRE

Puis-je voir sans baiser sa vivante peinture? Je vois la même image, et me puis contenir?

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