SCENE PREMIÈRE
DIANE seule.
-Lâche, c'est trop souffrir, et ton âme discrète
Est trop long-temps malade et trop long-temps muette.
L'insupportable excès de ton affection
Te dispense de honte et de discrétion;
Tant d'autres sous ce joug ont rangé leurs années.
Tant d'autres ont aimé qu'on n'a pas condamnées,
Et tant de jeunes cœurs se sont laissé charmer,
Qu'enfin à leur exemple il t'est permis d'aimer.
Ne pouvant éviter cette ardeur criminelle ,
C'est beaucoup faire au moins que l'offense soit belle :
La force du vainqueur rend les coups glorieux,
Et le tourment est beau que causent de beaux yeux.
Donc, craintive, fais voir la douleur qui te touche.
Fie, timide cœur, ce secret à ma bouche;
Force ici tout respect, c'est là qu'il faut oser:
Qui demande avec crainte , enseigne à refuser.
La honte vient trop tard choquer cette entreprise ,
Par le dessein l'offense est à moitié commise;
Le mal où l'on consent est presque exécuté,
Et c'est avoir failli que l'avoir souhaité.
224 CLÉAGÉNOR ET DORISTÉE,
Peut-être qu'un succès le rendra légitime,
Qu'une sainte action procédera d'un crime;
Hvmen peut en ma gloire allumer ses flambeaux,
Et les événemens ont fait des crimes beaux;
Il semble mépriser cette union des âmes
Qui fait des feux d'Amour de légitimes flammes:
Il craint le mariage à l'égal du trépas;
Mais ses froides humeurs souvent ne durent pas.
Lorsque nous craignons moins, Amour nous sait surprendre,
Et ce dieu force enfin si Ton ne veut se rendre.
Le voilà, sois timide, implore du secours.
Qu'une bouche de fille ait un mâle discours.
SCÈXE II.
DIAXE, PHILÉMOXD.
PHILÉMOjND.
Quoi! Diane est rêveuse?
DIAZS^E.
Hélas!
PHILÉMO^TD.
Dieux! d'où procède Un si fâcheux hélas?