ACTE III, SCENE VI
THÉAWDRE.
J'en ai beaucoup appris, aimable Doristée, Et, devant qu'avoir vu ces innocens attraits, Je savois de quel sort vous ressentiez les traits.
PHILÉMOTfD.
O dieux!
THExllVDRE.
Rencontré dans ces plaines , Me conta l'autre jour vos amours et vos peines, Et me dit que trois mois étoient presque passés Depuis qu'il poursuivoit ces astres éclipsés. Me laissant, il suivit sa première entreprise, Et ne put m' accorder un moment de remise.
PHILÉMOND.
Sachant mes premiers maux, oyez ce qui suivit. Des mains de son rival un autre me ravit , Qui , près d'exécuter son audace effrontée , Eprouva de son bras la valeur indomptée : Car de bonheur alors il passait par le bois Où la force avoit mis mon honneur aux abois. Après cet accident trop long à vous déduire. Je croyois que le ciel étoit las de me nuire; Mais que mes maux sont longs, et que mes biens sont courts ! Que je conservai peu cette âme de mes jours! M'allant quérir de l'eau d'une proche fontaine, Deux insignes voleurs parurent dans la plaine. Qui, ne trouvant en moi rien de quoi butiner, N'épargnèrent efforts ni coups pour m'emmener. Et vouloient m'obliger à leur commerce infâme, Ne se figurant pas que je fusse une femme ;
111 CLEAGENOR ET DORISTEE,
Votre valeur enfin m'affranchit de leurs lois ;
Mais je n'osai pour lors avouer qui j'étois;
Et, me trouvant si loin, sans bien, sans connoissance ,
Je vous offris mes soins et mon obéissance,
Attendant le conseil de ce vieux, médecin
Qui de tant de travaux est la source et la fin.
THÉANDRE
Votre moindre aventure est digne de mémoire: Mais par les maux, madame, on arrive à la gloire, Et votre mauvais sort en vous nuisant m'est doux. Si je puis obliger et votre amant et vous. Je ne vais épargner ni soins ni diligence A vous faire bientôt posséder sa présence; Et si je n'accomplis ce que je vous promets, Si je ne vous le rends, ne m'estimez jamais. Attendant toutefois cette heureuse journée Où votre affection doit être couronnée.
Pour ne donner matière à de faux sentimens , Retenez un faux titre et de faux vêtemens; Empêchez les soupçons d'une jalouse femme Qui croit sans fondement que tout objet m'enflamme, Et tiendroit pour effets de vos charmes puissans Mes regards les plus saints et les plus innocens.
PHILÉMOND.
O divine faveur dont mon âme est ravie. J'établis sur vos soins tout l'espoir de ma vie ! Pressez cet heureux jour qui finit mon tourment : Qui peut obliger tôt oblige doublement.
FIN DU TROISIÈME ACTE