‹ uvres de Jean RotrouChapitre 170 sur 422 · SCÈNE IIL DORANTE, PHILÉMOND · texte numérisé non relu

SCÈNE IIL DORANTE, PHILÉMOND

DORANTE

Voilà ce bel auteur de mes tristes soucis,

Que ma confession dût avoir adouci;

Faut-il parler? je tremble, et, réduite à ce terme 5

L'amour m'ouvre la bouche et la honte la ferme.

Que fait là Philémond?

PHILÉMOWJD.

Depuis quelques momens Je revois, attendant de vos commandemens.

DORAKTE.

Le sort qui rend tes jours sujets à ma puissance , Est, si j'en puis juger, moindre que ta naissance.

23o CLÉAGÉNOR ET DORISTÉE,

Retenu, tempéré, beau , modeste, discret,

Dont le front toutefois prouve un ennui secret,

Tu ne témoignes rien de ces esprits serviles

A qui l'honneur prescrit des règles inutiles,

Qui sans distinction suivent brutalement

Ce que leur fait priser leur premier mouvement;

Que pour le moindre objet un sale feu consomme ,

Qui n'ont rien de commun avec un honnête homme,

Et dont le lâche cœur sous le vice abattu

N'eut jamais ni dessein , ni marque de vertu.

PHILÉMOND.

J'ignore par quel heur et par quelle aventure,

Je me suis rencontré de contraire nature.

Mais, sans faire le vain , mon destin est plus doux,

Et j'aime la vertu qu'ils désapprouvent tous;

L'aimant j'y puis faillir quelque effort que je fasse.

Et je puis l'observer d'une mauvaise grâce;

Mais je remporte au moins la satisfaction

De la faire paroître en ma condition,

Et de pouvoir montrer qu'elle est assez traitable

Pour se plaire en un lieu qu'on en croit incapable.

DORANTE

Mais l'étroite vertu messied aux jeunes gens

Qui peuvent quelquefois, à soi-même indulgens,

Suivre quelques désirs où leur âge les porte ,

Incapables encor d'une vertu si forte.

On ne peut être vieux à l'âge de vingt ans.

Et le fruit pour durer doit mûrir en son temps.

PHILÉMOND.

Je forme ingénument , et loin de toute feinte , Des desseins innocens que je suis sans contrainte;

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