ACTE IV, SCENE III. a3i
Ce n'est pas toutefois qu'ils soient ni grands , ni hauts, Et que mes actions n'aient beaucoup de défauts.
DORANTE
Je souffrirois en toi que ton jeune courage
A quelque honnête objet rendît un hbre hommage;
Je ne condamne point une incHnation ,
Mais que l'on sait conduire avec discrétion.
PHILÉMOWD.
Tel j'ai servi long-temps un objet adorable, Un homme si parfait et si considérable, Que je n'y puis songer sans de vives douleurs, Et qu'encor tous les jours il m'arrache des pleurs.
DORAIN'TE.
Ton innocence, ô dieux! prouve bien ta jeunesse. Tu me parles d'un maître et moi d'une maîtresse , Un bel œil n'a-t-il point ton esprit enflammé ? Enfin n'aimes-tu point , ou n'as-tu point aimé ?
PHILÉMOFD.
Aucune fille encor n'a mon âme asservie , Aucune n'a troublé le repos de ma vie , Et, les osant aimer, je ne me croirois pas Etre un digne sujet de leurs moindres appas; Mes desseins ne pourroient que traverser leur aise, Je ne me puis vanter d'avoir rien qui leur plaise , Et je n'aurois partie, esprit, ni qualités, Dignes de leur amour ni de leurs privautés.
DORANTE
Quand tu posséderois ta seule modestie , C'est en un jeune esprit une rare partie; Pour être plus heureux sois un peu plus osé,
232 CLÉAGÉNOR ET DORISTÉE, Tu ne peux, après tout, être que refusé; Et sache, Philéinond, qu'il n'est si chaste dame Qui se puisse offenser d'une secrète flamme, Qui n'aime un importun plus qu'un indifférent. Et qui ne soit sensible aux devoirs qu'on lui rend; Vos vœux nous sont toujours d'agréables offrandes, Un amant ne nous fait que de douces demandes; L'homme n'est point haï tout importun qu'il est, Il peut n'agréer pas , mais sa demande plaît.
PHILÉMOND.
Novice en ce métier, j'ignore toutes choses, Sinon qu'à qui n'a rien toutes portes sont closes , Et que tel que je suis je connois mes défauts, Et prétendrois à tort à des desseins si hauts.
DORAIVTE.
Mais si je te fais voir une dame assez belle. Pour ne déplaire pas au cœur le plus rebelle, Qui souffre à ton sujet un sensible tourment?
PHILÉMOND.
Je plaindrois sa douleur et son aveuglement.
DORANTE
Tu ne l'aimerois pas?
Cette amour seroit vaine.
DORANTE
Et tu refuserois de soulager sa peine?
PHILÉMOWD.
Mes défauts reconnus éteindroient son amour,
DORANTE
O le plus défiant qui respire le jour ! Demande, Philémond, demande et me dispense