SCÈNE II
DIANE, PHILÉMOND.
DIANE
Que fait là ce cruel, ce beau, ce rigoureux,
Qui donne tant d'amour, et n'est point amoureux?
PHILÉMOWD.
Quoi, Diane est gausseuse, et qui m'aimoit me joue.
DIAIVE.
Ton innocence est grande, il faut que je l'avoue. Tu sais mal profiter d'une honnête amitié. M'aimant, tu croirois faire une œuvre de pitié, Et tu ne voudrois pas d'une seule prière Acheter mes faveurs, ni même la dernière; Poursuis, n'estime point un si frêle bonheur, Conserve, Philémond, conserve ton honneur.
PHILÉMOND.
Quelque preuve d'amour que l'on me puisse rendre , Je crois bien l'acheter, quand je la daigne prendre. Est-il quelque courage à l'épreuve des traits Que prêtent à l'Amour mes innocens attraits? Est-ce ailleurs qu'en mes yeux que cet enfant demeure , Et lançé-je un regard qu'une dame ne meure?
O dieux, le vain esprit!
PHILÉMOND.
Ah! ne crois, ne crois pas Etre un digne butin de mes moindre appas. La France me regrette, et n'a point de princesses
•246 CLÉAGÉNOR ET DORISTEE, Qui n'eussent de leur âme acheté mes caresses; Aussitôt qu'à la cour ma beauté disparut, Philis versa des pleurs et Florante mourut, Je fus sourd à Cloris, je chassai Lisimène; Et Diane voudroit me coûter de la peine?
DIANE
Un mot, cher Philémond, et mes vœux sont contens.
PHILÉMOND.
Quoi?
DIANE
Ces plaisans accès te durent-ils long-temps? Que ton pouvoir est grand!
phil:émond.
Quelles plus fortes preuves T'en peuvent assurer, si toi-même l'éprouves? Was-tu pas avoué la force de mes coups, Et souhaité l'honneur d'un servage si doux?
DIANE
Quand je t'aurois aimé
PHILÉMOND.
Quoi, Diane le nie?
Je ne le ferois plus, connoissant ta manie: Quoi! pour un insensé mes sens seroient blessés!
PHILÉMOND.
En ne répondant point, je te punis assez. Trêve, Diane, trêve à ta douleur extrême. Trêve d'amour à moins qu'être la beauté même, A moins que de grands biens ma fortune combler, A moins qu'être charmante, et que me ressembler.