‹ uvres de Jean RotrouChapitre 182 sur 422 · ACTE V, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE III

Et jetant sur le corps ses regards ennemis: Il est vrai, leur dit-il, j'ai ce meurtre commis; Mais en me défendant et sans autre avantage Que celui que nous vaut l'adresse et le courage. Il voulut ajouter des discours superflus, Quand les archers muets, et sans s'informer plus, Font transporter le corps en la prochaine ville; Ménandre méditoit un effort inutile, Mais le chef commanda qu'un d'eux le garrottât , Et ce triste vainqueur les suit en cet état. C'est tout ce que j'ai vu.

PHILÉMOND.

Que pourroisrtu de pire?

Cléagénor n'est plus; et, lâche, je respire! Au moins je puis, ô dieux! murmurer une fois Contre la cruauté de vos injustes lois; Voyez à quels ennuis votre haine m'expose, Et souffrez les effets dont vous êtes la cause. Cléagénor n'est plus! et cet œil provident Qui guide un juste hras a vu cet accident! Et toi tu vis encore , amante déplorable, Et ton affection peut être consolable!

Cherche, cherche un chemin aux éternelles nuits, Et ne fais point de trêve avecque tes ennuis.

THÉANDRE

Le temps doit toutefois,...

PHILÉMOND.

O parole importune, Qui, loin de soulager, accroît mon infortune! Le temps ne rendra point ce précieux butin. Et ne peut m'empêcher d'accourcir mon destin.

25o CLÉAGÉNOR ET DORISTÉE,

Adieu, souffrez que seule, en la chambre prochaine, Je puisse en liberté me plaindre de ma peine; Ne me déniez point ce faux soulagement Qu'on ne refuse pas au plus léger tourment.

(Elle entre dans le cabinet. )

Ne suivez point mes pas.

THÉAIN^DRE.

La ruse est bien conduite.

Et ton sage conseil m'en prescrira la suite. Ami, si par tes maux tu peux juger les miens, Si ton bras autrefois porta de beaux liens , Aide à remédier à la plus forte flamme Par qui jamais amour ait fait souffrir une âme: Ne tire point l'espoir de cette guérison. De la force, du temps, et moins de la raison j ' En ses seules faveurs ma peine se termine, Et de ses seuls refus dépendra ma ruine.

PHiLÉMOND, dans le cabinet.

O ciel! de mon honneur détourne ce dessein, Mes yeux répareront le crime de mon sein.

PHILACTE.

Mais vous promettez-vous que la fausse nouvelle De ce triste accident la rende moins cruelle? Coyez-vous de son mal tirer votre bonheur. Et que ce faux rapport lui coûte son honneur?

THÉANDRE

Qui la peut divertir d'un heureux mariage Qui joigne à mon destin sa fortune et son âge ?

PHILACTE.

Mais , Dorante vivant , la loi ne permet point

Qu'à deux en même temps un seul homme soit joint

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