‹ uvres de Jean RotrouChapitre 183 sur 422 · ACTE V, SCENE III. aSi · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE III. aSi

THÉANDRE

Elle rompt l'hyménée où la femme adultère Souille la pureté de ce sacré mystère ; Et ne t'ai-je pas dit qu'elle avait à mes yeux Sollicité ce page à cet acte odieux?

PMILACTE.

La loi dont on punit cette flamme insensée Condamne l'action et non pas la pensée.

THÉAIYDRE.

Celle de ce pays punit l'intention Aussi sévèrement que la même action.

PHILACTE.

Mais pouvant, sans passer à la rigueur extrême, Faire qu'à son déçu cette fille vous aime, Si vous la possédez, Dorante à vos genoux N'obtiendra-t-elle rien sur votre esprit jaloux?

THÉANDRE

H te faut avouer que je ne puis sans peine Me résoudre à briser une si belle chaîne; J'ai pour cette infidèle eu trop de passion Pour ne pas regretter sa séparation; Vu que pour même objet même désir me presse, Que ma propre défaite excuse sa foiblesse. Que nous cédons aux coups de mêmes ennemis, Et que je la reprends de ce que j'ai commis. Déjà de ce regret mon âme est agitée; Mais pour la conserver n'avoir point Doristée! J'ai trop de passion pour cet objet vainqueur. Et ses chastes attraits m'ont trop touché le cœur.

25sî CLÉAGÉNOR ET DORISTÉE,

PHILACTE,

Songez-y plus long-temps, son amant vit encore,

Qui saura découvrir ce soleil qu'il adore,

Et sur ce différent un duel entre vous

Sera le moindre effet de son juste courroux.

THÉAFDRE.

Pour lui comme pour moi la fin sera douteuse.

PHILACTE.

Mais pour vous seulement la querelle est honteuse; Votre longue amitié dut détourner ce mal Qui d^un ami vous fait un si juste rival.

THÉANDRE

Ah! soulage autrement cette ardeur violente; Amis, crainte, respect, Cléagénor, Dorante, Hommes, destins, ni dieux, ne sauroient arracher De ce cœur malheureux un feu qui m'est si cher, Et je tiendrai mon âme heureusement ravie, Quand ses moindres faveurs me coûteront la vie; Travaillons dès ce jour à rompre le lien De cet hymen fatal qui s'oppose à mon bien.

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