ACTE III, SCENE I
Que je la tienne en main, ma fièvre continue : Ici j'ai pour suspects et mes doigts et mes yeux. Abrégé des vertus, beau miracle des cieux, Souffrez -vous que ma peur si longuement balance, Qu'un service exigé confirme ma croyance ? Quand des présens si chers ne seront plus suspects, Pour vous plaire , ce cœur viole tous respects.
CLÉONICE
Que tu peux alléger le mal qui me tourmente! Jurer à Cloridan la mort de son amante ; Me confier sa lettre , et m'aider au dessein Que j'ai de lui porter un peu de flamme au sein : C'est là que ta faveur uniquement m'oblige. C'est tout ce que l'amour de ton pouvoir exige.
LE PAGE
Dût le ciel m'accuser ici de trahison ,
La couleur des écus éblouit ma raison ;
Ce papier en vos mains témoigne ma franchise;
Disposez désormais d'une âme tout acquise.
CLÉONICE, lisant la lettre.
« Adorable sujet des maux que j'ai soufferts, » L'excès de l'amour me surmonte, » Je romps le voile de la honte , » Pour te mander que rien ne peut rompre mes fers. « Allons , nous pourrons vaincre enfin ce beau vainqueur, Et changeant un seul mot , nous changerons son cœur.