ACTE I, SCÈNE III
» Ne vous repentez pas quand il sera trop tard. » J'ai de quoi vous ravir ce traître; » J'aspire moins à ce commun lien » Pour mon repos que pour troubler le sien: » Pour le voir malheureux, je souhaite de l'être.
» Diane. »
O dieux! que vois-je ici?
Lettre de Ljsimant a Diane.
« Tu ne peux, sans me faire tort, » Te plaindre du ciel et du sort.
» N'appelle point leur rigueur importune ; » Tes attraits sont un trésor » Plus estimable que l'or:
» Je recherche Diane, et non pas sa fortune.
» Lysimant. »
Autre.
a Je presse, mon souci, l'effet de mes promesses, » Et j'ébranle le cœur d'un vieillard inhumain.
» Je te conterai tout demain:
» Prépare à mon amour de nouvelles caresses.
» Lysimant. »
Autre.
« Diane , dans ce paysage » Où ta condition encore te retient,
» Aie soin de ton beau visage , w Conserve ce qui m'appartient.
» Crains bien que le soleil te baise , » Laisse à tes jeunes sœurs dépouiller vos guérets; » Et, de peur de sentir ses rais, )> Ne cueille ni rose , ni fraise.
» Daphné fut sourde à sa prière,
» Et ne voulut de lui ni devoirs, ni présent;
» Car ce prince de la lumière
» L'eût enlaidie en la baisant.
» Lysimant. »
Courez, suivez ses pas.
La pourrez-vous trouver?
CÉLIRÉE.
Je ne l'estime pas.
ORANTE
( Célirée sort. )
Faites votre pouvoir. Dieux ! que cette aventure Flatte d'un doux espoir le tourment que.j'endure, Et qu'elle est favorable à tes prétentions , Ariste, unique objet de mes affections!
On forçoit mes desseins, et dans cette misère J'épousois seulement le vouloir de mon père; Tu plais seul à mes yeux, et jamais Lysimant N'a tiré de mon cœur un soupir seulement. Un sentiment secret me l'a peint incapable De posséder mes vœux et de m'être agréable. De combien de parfums vont fumer tes autels , Favorable démon qui régis les mortels!
Quand on serre mes fers, ton pouvoir m'en dégage, Et tu m'offres le port au milieu du naufrage. Par cet heureux malheur Ariste est sans rivaux : Il cueillera les fruits dus à ses longs travaux ; Et mon père, sensible à cet affront insigne, N'aura plus de dessein pour un objet indigne. Mais où va-t-il sitôt?