‹ uvres de Jean RotrouChapitre 215 sur 422 · CE URÉE · texte numérisé non relu

CE URÉE

Je peux tout ruiner, quand même Lysimant

JN^'y consentiroit pas; écoutez seulement.

Passant chez mes parens le cours de mon enfance ,

Au village où le ciel m'a fait prendre naissance ,

Durant cinq ou six ans j'ai gardé mes troupeaux

Vers un lieu que Rosinde a près de nos hameaux;

Et dans cette maison j'avois une compagne,

Qui les gardoit aussi dans la même campagne.

Notre sort accordoit son esprit et le mien ;

Je trouvois des douceurs en son jeune entretien,

Et me plaisois surtout d'entendre cette fille.

Me parler de Rosinde et vanter sa famille;

Elle me disoit tout : enfin j'appris un jour,

(M'enquérant quel objet possédoit son amour,)

Qu'elle étoit, dès six ans, promise en mariage

A l'un de ses cousins égal de biens et d'âge,

Eils d'une Portugaise, et qui n'eut qu'une sœur

Qui le laissa bientôt unique possesseur.

A ses tristes parens la mort la vint soustraire ,

Comme on la nourrissoit au logis de mon père.

Lysandre, c'est son nom, lorsqu'il fut un peu grand,

Fut visiter sa mère et quitta son parent;

Mais bientôt de cet heur sa mère fut privée :

Elle mourut un mois après son arrivée.

Depuis , par ses parens il se fit accorder

Un nombre de vaisseaux qu'il voulut hasarder:

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