ACTE III, SCENE IV
Et jetant vers le ciel un œil triste et mourant: J'entrois sans lui parler, quand, d'une voix tremblante Qui fîguroit assez l'ennui qui le tourmente : « Ma fille, m'a-t-il dit, si tu sers Filémon, Le père de madame, et si tu sais mon nom, Oblige un malheureux, assure cette belle Qu'elle me nomme à tort lâche, aveugle, infidèle, Et que le vil objet qui cause ses mépris A bien touché mes yeux , mais non pas mes esprits ; Qu'il est vrai qu'autrefois j'estimois son visage , Comme on prise une fleur, de la neige , une image; Mais que j'avois ma peine, et mon honneur plus cher, Que de brûler pour elle et de la rechercher ; Qu'elle se vante à tort de promesses frivoles , Et qui n'obligent point n'étant que des paroles; Qu'elle doit mes écrits à l'importunité , Que cent fois son amour m'en a sollicité ; Et que j'écrivois plus pour exercer ma veine Que pour entretenir son espérance vaine. Orante m'auroit cru; mais cet objet charmant Ne m'a pas accordé de parler un moment, Et la nécessité de souffrir sa colère , Qui rompt notre alliance et qui me désespère , Force ma liberté de s'engager ailleurs, Oïl je rencontre au moins des traitemens meilleurs. Je vais trouver Rosinde. »
ORAFTE.
O dieux ! pour me déplaire , Le traître va s'offrir à ma pire adversaire. Que ce superbe esprit triomphe de mes biens, Et possède un captif qui sort de mes liens! Je ne le peux souffrir, que cet amant volage
3oo LA DIANE,
A l'objet de ma haine aille offrir son hommage. J'accorde son pardon aux maux qu'il a soufferts , J'accepte sa franchise et je lui rends ses fers. Mais s'il s'est obligé d'aimer cette maîtresse, Crois-tu qu'il se résolve à rompre sa promesse?